La Banque centrale européenne a ouvert le plus grand exercice de démocratie graphique de son histoire. Le 23 juillet 2026, elle a dévoilé dix propositions de visuels présélectionnées pour la prochaine série de billets en euros et a lancé une vaste enquête publique. Deux thèmes s’affrontent, « La culture européenne » et « Fleuves et oiseaux », et chaque habitant de la zone euro peut donner son avis jusqu’au 21 septembre 2026. Il s’agira de la première refonte complète des coupures depuis leur mise en circulation en 2002. Voici ce qui se joue, comment participer et à quoi ressembleront, peut-être, les billets que vous aurez bientôt en poche.
- Ce que la BCE a annoncé le 23 juillet
- Deux thèmes en compétition
- « La culture européenne » : six visages pour six coupures
- « Fleuves et oiseaux » : la nature et les institutions
- Comment voter, concrètement
- Le calendrier, du vote à votre porte-monnaie
- Un concours à l’échelle du continent
- Pourquoi changer des billets qui datent de 2002
- Ce que cela change pour votre portefeuille
- Questions fréquentes
Ce que la BCE a annoncé le 23 juillet
Le communiqué est tombé le jour même de la dernière réunion de politique monétaire de l’été. La Banque centrale européenne (BCE) a présenté dix propositions de graphisme retenues pour la future série de billets et a ouvert dans la foulée une enquête en ligne destinée à recueillir l’avis du grand public. Ces dix maquettes se répartissent entre deux univers visuels très différents, chacun décliné sur les six coupures allant de 5 à 200 euros.
L’institution de Francfort insiste sur la portée symbolique de l’opération. « Les billets en euros sont plus qu’un moyen de paiement, ils constituent l’un des symboles les plus tangibles de l’Europe », a déclaré sa présidente, à l’occasion de cette annonce. Derrière la formule, un enjeu concret : l’euro fiduciaire est utilisé quotidiennement par plus de 340 millions d’habitants, et son apparence n’a jamais été profondément revue depuis 2002.
Grâce à des graphismes alliant beauté et sens, ils renforceront notre identité partagée.
Christine Lagarde, présidente de la BCE
Deux thèmes en compétition
Le choix ne porte pas sur dix visuels indépendants, mais bien sur deux familles cohérentes. La BCE a retenu deux thèmes dès janvier 2025, avant de commander aux graphistes des maquettes complètes pour chacun. Le premier, « La culture européenne : un héritage commun », met en avant des figures marquantes de l’art, de la science et des idées. Le second, « Fleuves et oiseaux : force et diversité », célèbre la nature du continent et les institutions qui l’unissent.
Un seul de ces deux thèmes sera finalement retenu pour l’ensemble de la série. Autrement dit, votre futur billet de 20 euros portera soit un portrait, soit un cours d’eau et un oiseau, mais pas les deux. C’est précisément le sens de la consultation lancée cet été : départager deux visions de ce que l’Europe veut montrer d’elle-même sur sa monnaie.
À retenir
Le vote ne consiste pas à choisir un billet à la carte. Vous vous prononcez sur une direction artistique globale. Le thème gagnant s’appliquera aux six valeurs, du 5 au 200 euros, dans un style commun.

« La culture européenne » : six visages pour six coupures
C’est sans doute le thème le plus immédiatement lisible. Selon les motifs arrêtés par la BCE en janvier 2025, chaque coupure porterait au recto le portrait d’une personnalité européenne, associée à un lieu de culture au verso. Une manière de raconter, de la plus petite à la plus grande valeur, la richesse intellectuelle et artistique du continent.
| Coupure | Personnalité proposée | Domaine évoqué |
|---|---|---|
| 5 euros | Maria Callas | Les arts vivants |
| 10 euros | Ludwig van Beethoven | La musique |
| 20 euros | Marie Curie | L’université et l’école |
| 50 euros | Miguel de Cervantès | Les bibliothèques |
| 100 euros | Léonard de Vinci | Les musées |
| 200 euros | Bertha von Suttner | Les places publiques |
Le casting a été pensé pour équilibrer les nationalités, les époques et les disciplines. On y trouve une cantatrice grecque, un compositeur allemand, une physicienne née en Pologne et naturalisée française, un écrivain espagnol, un génie italien de la Renaissance et une pacifiste autrichienne, première femme à recevoir le prix Nobel de la paix. La science y côtoie la musique, la littérature et l’engagement civique.
Ce parti pris n’est pas sans rappeler les débats qui avaient entouré les premières séries : comment choisir des figures « européennes » sans froisser tel ou tel pays. En misant sur des personnalités universellement connues, la BCE tente de désamorcer la question tout en donnant enfin des visages à une monnaie longtemps restée abstraite.
« Fleuves et oiseaux » : la nature et les institutions
Le second thème adopte une tout autre grammaire visuelle. Ici, pas de portraits, mais un fil conducteur naturel : chaque recto suivrait une étape du cours d’un fleuve, de la source de montagne à l’embouchure marine, accompagné d’un oiseau caractéristique. Selon la BCE, la gamme des espèces représentées irait du tichodrome, petit passereau des parois rocheuses, au fou de Bassan, grand oiseau marin des côtes atlantiques.
Au verso, ce thème fait une place aux institutions de l’Union européenne : le Parlement, la Commission, la Cour de justice et la BCE elle-même. L’idée est d’associer la diversité des écosystèmes du continent à l’architecture politique qui le fait tenir ensemble. Un message à double détente, écologique et institutionnel, à l’heure où la protection de la biodiversité est devenue un sujet central des politiques publiques européennes.
Ce thème est aussi le plus abstrait des deux, et donc le plus risqué en matière d’adhésion populaire. Un billet doit se reconnaître d’un coup d’oeil, se contrôler vite et résister à la contrefaçon. La lisibilité des motifs naturels, moins immédiatement identifiables qu’un visage célèbre, fait partie des critères que le jury et les experts techniques examinent de près.
Comment participer
L’enquête publique est hébergée sur le site de la BCE, à l’adresse surveys.ecb.europa.eu. Elle est gratuite, anonyme, ouverte à tous les habitants de la zone euro et disponible dans les langues officielles de l’Union. Elle reste accessible jusqu’au 21 septembre 2026.
Comment voter, concrètement
La démarche se veut simple et rapide. La BCE a mis en ligne un questionnaire qui présente les dix propositions et demande aux participants de réagir à chacune : ce qu’elles évoquent, leur clarté, leur caractère rassembleur. Vous pouvez consulter les visuels présélectionnés et répondre en quelques minutes.
Un point mérite d’être souligné : ce vote n’est pas un référendum contraignant. La BCE recueille un avis, elle ne délègue pas sa décision. En parallèle de l’enquête ouverte à tous, un cabinet d’études indépendant interroge un échantillon représentatif d’habitants de la zone euro, avec les mêmes questions. L’objectif est de croiser l’expression spontanée du public et une mesure statistiquement fiable, afin d’éviter qu’un thème l’emporte simplement parce que ses partisans se seraient davantage mobilisés en ligne.
Les commentaires du public sont un élément-clé de l’approche inclusive de l’Eurosystème, garantissant que les avis des Européens soient pris en compte.
Communiqué de la BCE, 23 juillet 2026

Le calendrier, du vote à votre porte-monnaie
Attention à ne pas confondre la fin du vote avec l’arrivée des billets dans les distributeurs. Entre les deux, il reste plusieurs étapes techniques et industrielles. Voici les grandes échéances telles que la BCE les a communiquées.
| Étape | Échéance | Ce qu’il se passe |
|---|---|---|
| Ouverture de l’enquête | 23 juillet 2026 | Publication des dix visuels et lancement du vote en ligne |
| Clôture du vote | 21 septembre 2026 | Fin de la consultation publique et de l’enquête représentative |
| Décision finale | Vers la fin 2026 | Le Conseil des gouverneurs choisit le thème et le concept |
| Affinage et tests | Années suivantes | Mise au point du graphisme, sécurité, production |
| Mise en circulation | À déterminer | Les nouveaux billets arrivent progressivement |
La BCE ne s’engage pas encore sur une date précise de première émission. Elle indique seulement que les billets de la nouvelle série seront mis en circulation « au cours des années suivantes ». Le tempo dépendra des tests de sécurité, de l’industrialisation et des choix de calendrier des banques centrales nationales. Il faut donc s’attendre à patienter plusieurs années avant de tenir le nouveau billet entre ses mains.
À vérifier
Les motifs détaillés (personnalités, fleuves, oiseaux) correspondent aux choix arrêtés en janvier 2025 et aux maquettes présentées cet été. Le graphisme définitif sera encore retravaillé après la décision de fin 2026 : certains détails visuels pourront donc évoluer d’ici la mise en production.
Un concours à l’échelle du continent
Ces dix maquettes ne sont pas sorties de nulle part. Elles sont l’aboutissement d’un long processus de sélection lancé à l’échelle de l’Union européenne. Un appel ouvert à candidatures a d’abord attiré plus de 1 200 dossiers de graphistes venus de tous les pays de l’UE (1 241 selon le décompte relayé par Touteleurope). Parmi eux, vingt-cinq professionnels ont été invités à concevoir des propositions complètes pour l’un des deux thèmes.
À l’échéance fixée au 24 avril 2026, les graphistes avaient soumis trente-neuf propositions, dont vingt-trois pour « Fleuves et oiseaux » et seize pour « La culture européenne ». Un jury indépendant de vingt et un experts, chacun nommé par une banque centrale de la zone euro, a alors procédé à la présélection. Ses membres viennent d’horizons variés : graphisme, communication, mais aussi neurosciences et histoire, pour évaluer aussi bien l’esthétique que la perception et la charge symbolique des visuels.
| Indicateur | Chiffre |
|---|---|
| Candidatures reçues | plus de 1 200 |
| Graphistes invités à créer des maquettes | 25 |
| Propositions soumises au 24 avril 2026 | 39 |
| Membres du jury indépendant | 21 |
| Propositions présélectionnées | 10 |
C’est ce jury qui a réduit le champ à dix maquettes, cinq par thème. La décision finale, elle, reviendra au Conseil des gouverneurs de la BCE, qui s’appuiera sur trois sources : les conclusions du jury, une évaluation technique de faisabilité et de sécurité, et les résultats des deux enquêtes menées cet été.

Pourquoi changer des billets qui datent de 2002
La question mérite d’être posée : pourquoi remplacer des billets que tout le monde reconnaît ? La première série, mise en circulation le 1er janvier 2002, avait fait un choix radical. Pour n’avantager aucun pays, ses concepteurs avaient représenté des fenêtres, des portails et des ponts entièrement fictifs, inspirés de grands styles architecturaux européens mais ne correspondant à aucun monument réel. Personne ne pouvait ainsi accuser la BCE de favoritisme national.
Anecdote révélatrice de ce parti pris : entre 2011 et 2013, une commune néerlandaise, Spijkenisse, a fait construire pour de vrai les sept ponts imaginaires des billets, transformant des dessins abstraits en ouvrages de béton coloré. Les fictions monétaires ont fini par exister.
La série actuelle, dite « Europe », a été déployée progressivement à partir de mai 2013 pour renforcer la sécurité des coupures, mais elle a conservé la même logique architecturale. Depuis, rien n’a fondamentalement changé. Or un billet vieillit : les techniques de contrefaçon progressent, les habitudes de paiement évoluent, et l’attachement du public au numéraire ne va plus de soi face à l’essor du sans-contact et des paiements mobiles. La refonte annoncée est donc autant une opération de sécurité qu’un geste d’image.
Le nouveau graphisme s’inscrit dans un effort de long terme visant à garantir que les espèces restent un moyen de paiement sûr, efficace et évocateur, en préservant l’accès de chacun à la monnaie publique.
Piero Cipollone, membre du directoire de la BCE
Derrière l’exercice esthétique se joue donc un pari politique : réaffirmer la place des espèces à l’heure du tout-numérique, et rappeler que la monnaie publique reste accessible à tous, y compris à ceux qui n’ont pas de carte ou de smartphone.
Ce que cela change pour votre portefeuille
Rassurons d’emblée les inquiets : rien ne va disparaître du jour au lendemain. La BCE l’a précisé sans ambiguïté, les billets des séries précédentes conserveront leur valeur et continueront de circuler en parallèle de la nouvelle série. Aucune démarche d’échange ne sera imposée, et vos billets actuels resteront parfaitement utilisables.
Le changement se fera donc en douceur, par substitution progressive, comme lors du passage à la série « Europe ». Pendant plusieurs années, anciens et nouveaux billets cohabiteront dans les caisses et les portefeuilles. Ce n’est qu’au fil du temps, à mesure que les coupures usées seront retirées de la circulation, que les nouveaux visuels s’imposeront dans le quotidien.
À retenir
Vos billets actuels gardent toute leur valeur. Il n’y aura ni date limite d’échange annoncée à ce stade, ni obligation de remplacer les coupures que vous détenez. La transition sera progressive.
Questions fréquentes
Qui peut voter et jusqu’à quand ?
L’enquête en ligne est ouverte à tous les habitants de la zone euro, gratuitement et de façon anonyme, jusqu’au 21 septembre 2026. Il n’est pas nécessaire d’être citoyen d’un État membre pour donner son avis.
Le résultat du vote sera-t-il décisif ?
Non. Le vote est consultatif. La décision finale appartient au Conseil des gouverneurs de la BCE, qui la prendra vers la fin 2026 en combinant l’avis du public, celui du jury et une évaluation technique.
Quand aurai-je un nouveau billet en main ?
Pas avant plusieurs années. Après la décision de fin 2026, le graphisme sera encore affiné, testé et produit. La BCE n’a pas communiqué de date précise de première émission.
Mes billets actuels vont-ils perdre leur valeur ?
Non. Les billets des séries précédentes conservent leur valeur et continueront de circuler aux côtés de la nouvelle série.
Reste une certitude : pour la première fois depuis 2002, l’Europe s’apprête à changer le visage de sa monnaie, et elle demande à ses habitants ce qu’ils en pensent. Que vous penchiez pour les grands noms de la culture ou pour les fleuves et les oiseaux du continent, la fenêtre pour vous exprimer se referme le 21 septembre.
À lire aussi : Pouvoir d’achat : pourquoi le ressenti ne suit pas la baisse de l’inflation et Budget 2027 : la quasi-totalité des ministères mise à la diète, sauf les Armées.
Sarah Benali couvre la géopolitique, les relations diplomatiques et l’actualité économique, des marchés financiers au pouvoir d’achat. Elle s’attache à remonter les chiffres jusqu’à leur publication d’origine et à préciser ce qu’ils mesurent réellement. Elle écrit aussi sur la culture et les industries créatives.

