Raphaël Glucksmann sera le candidat de la gauche sociale-démocrate à l’élection présidentielle de 2027. Dimanche 11 octobre 2026, l’eurodéputé a remporté la primaire organisée par le Parti socialiste et Place publique dès le premier tour, avec environ 66 % des suffrages exprimés, loin devant Olivier Faure (environ 14,5 %), Ségolène Royal (7,6 %), Emmanuel Maurel (5,9 %) et Jérôme Guedj (5,8 %), selon les résultats annoncés par Patrick Mennucci, président de la commission d’organisation. Plus de 120 000 personnes ont voté, malgré une cyberattaque qui a perturbé la plateforme de vote en ligne dès le vendredi 9 octobre et contraint les organisateurs à prolonger le scrutin jusqu’au dimanche 18 heures. Reste maintenant l’essentiel : transformer ce plébiscite interne en dynamique nationale, alors que les sondages le créditent d’environ 10 à 14 % des intentions de vote.
- Les résultats, chiffre par chiffre
- Une cyberattaque et un vote prolongé
- Participation : des chiffres qui divergent
- Qui votait, et comment
- Les réactions des perdants et des alliés
- La ligne sur La France insoumise
- Ce que disaient les sondages avant le scrutin
- Hamon, Hidalgo : le piège des précédents
- Les prochaines étapes
- Questions fréquentes
Les résultats, chiffre par chiffre
La première information est la netteté du verdict. Aucun second tour n’a été nécessaire : le scrutin, prévu à l’origine en deux temps (les 9 et 10 octobre, puis les 16 et 17 octobre, selon le calendrier que nous détaillions dès la ratification de l’accord), s’est conclu au premier tour, car un candidat a franchi la barre de la majorité absolue. Les chiffres cités varient légèrement d’un média à l’autre, ce qui est habituel quand les résultats sont repris à partir de communiqués successifs : LCP rapporte 79 613 voix, soit 66,17 % des suffrages exprimés, tandis que Orange Actualités mentionne 66,13 %. L’écart, de l’ordre du centième de point, ne change rien au constat.
| Candidat | Score (premier tour) |
|---|---|
| Raphaël Glucksmann | environ 66,1 à 66,2 % |
| Olivier Faure | environ 14,5 % |
| Ségolène Royal | 7,6 % |
| Emmanuel Maurel | 5,9 % |
| Jérôme Guedj | 5,8 % |
Le résultat est d’autant plus marquant que le score du deuxième, Olivier Faure, premier secrétaire du Parti socialiste, est cinq fois inférieur à celui du vainqueur. Le dirigeant d’un parti qui organisait le scrutin sur son propre terrain a donc été largement distancé par le chef de file de Place publique, formation fondée par Raphaël Glucksmann. Boris Vallaud, président du groupe socialiste à l’Assemblée nationale, a qualifié le résultat de « surprise » tout en y voyant une bonne nouvelle pour la suite, d’après les propos rapportés par la presse. Quant à Jérôme Guedj, arrivé cinquième, il a salué une « victoire nette, sans bavure, éclatante ».
À retenir
Raphaël Glucksmann est désigné dès le premier tour, avec un peu plus de 66 % des voix. Les écarts de quelques centièmes de point entre les sources tiennent à l’arrondi et au moment de la publication. Aucun second tour n’a eu lieu, contrairement au calendrier initial.
Une cyberattaque et un vote prolongé
Le scrutin n’a pas été un long fleuve tranquille. Selon Orange Actualités, une cyberattaque a « gravement perturbé » la plateforme de vote électronique à partir du vendredi 9 octobre, premier jour de l’ouverture du vote. Les organisateurs ont réagi en prolongeant la période de vote jusqu’au dimanche 11 octobre à 18 heures, afin de permettre à chacun de participer. Un autre média, People au Quotidien, indique que le vote électronique, qui devait initialement se clore le samedi, a été « prolongé d’une journée supplémentaire ». Les deux récits convergent sur le fond, mais ils divergent sur la date de fermeture prévue au départ, un point qui reste à confirmer auprès des organisateurs.

Cet épisode rappelle la fragilité propre au vote en ligne. Le choix du format électronique, qui diminue fortement le coût logistique par rapport aux primaires de 2011 et de 2017 (organisées avec des bureaux physiques, des urnes et des assesseurs), déplace la question de la sincérité du scrutin vers celle de la solidité technique de la plateforme. À ce stade, aucune source consultée ne fait état d’une remise en cause du résultat, ni d’une identification publique de l’auteur de l’attaque. Ces deux points, l’origine de la cyberattaque et son éventuel impact sur la participation, n’ont pas été établis dans les articles que nous avons pu consulter.
Participation : des chiffres qui divergent
Sur la mobilisation, les sources ne racontent pas exactement la même histoire, et il convient de le dire clairement. Orange Actualités évoque « plus de 120 000 personnes » ayant voté sur environ 140 000 inscrits. Le site Vote-Scope avance 120 787 votants pour 134 467 inscrits, soit 89,8 % de participation, mais cite ailleurs sur la même page 140 282 inscrits dans la section consacrée aux règles, sans réconcilier les deux chiffres. People au Quotidien parle de « plus de 85 % » des inscrits.
| Source | Votants | Inscrits | Participation |
|---|---|---|---|
| Orange Actualités | plus de 120 000 | environ 140 000 | non précisée |
| Vote-Scope | 120 787 | 134 467 (ou 140 282, selon la page) | 89,8 % |
| People au Quotidien | environ 120 000 | environ 140 000 | plus de 85 % |
Ce que l’on peut affirmer avec prudence, c’est que la participation s’est située nettement au-dessus de 85 % des inscrits, un niveau élevé pour un scrutin en ligne, mais qui s’explique par la nature du corps électoral : adhérents des deux partis et sympathisants prêts à s’acquitter d’une cotisation (15 euros, ou 10 euros au tarif social, d’après les règles ratifiées fin août). Il s’agit donc d’un électorat engagé, bien plus restreint que celui d’une primaire ouverte à tous, ce qui invite à ne pas extrapoler ces 120 000 voix au poids électoral réel du candidat.
Qui votait, et comment
Rappelons le cadre. Ce n’était ni une primaire de toute la gauche, ni une primaire ouverte. L’accord entre le Parti socialiste et Place publique, ratifié par le Conseil national du PS le mardi 25 août 2026 par 159 voix pour, 32 contre et 21 abstentions, délimitait un périmètre que les deux formations appellent l’arc social-démocrate : adhérents des deux partis et sympathisants cotisants. Le vote était électronique et uninominal, à deux tours en cas de besoin. La compétition était donc interne, ce qui pèse dans l’interprétation du score.

Le périmètre a deux conséquences. D’une part, la légitimité de Raphaël Glucksmann est nette dans son camp, avec une majorité absolue dès le premier tour. D’autre part, elle n’engage pas, par définition, les électeurs de gauche qui n’ont pas pris part au vote : ceux de La France insoumise, une partie des écologistes et des communistes, qui avaient leur propre calendrier. C’est précisément ce que souligne Marine Tondelier, comme on le verra plus bas. Il faut aussi se garder de confondre cette primaire avec l’autre processus évoqué cette année à gauche, un scrutin plus large annoncé par plusieurs responsables en novembre 2025, et auquel Place publique et La France insoumise ont dit dès l’origine qu’elles ne prendraient pas part.
Les réactions des perdants et des alliés
Les premières réactions dessinent deux lignes. Du côté des participants à la primaire, le ton est celui de l’acceptation. Olivier Faure a salué le vainqueur : « Tu as su convaincre une majorité de votants », selon le quotidien belge La Dernière Heure. Ségolène Royal s’est dite « très déçue » mais fière d’avoir été la seule femme de la course, et a appelé au rassemblement sans citer le vainqueur, rapporte Orange Actualités. Le dirigeant socialiste n’a pas pour autant dissimulé ses craintes : il a prédit, d’après La Dernière Heure, un effacement du PS si la ligne du vainqueur devait l’emporter.
Ceci n’est qu’un début.
Raphaël Glucksmann, au soir de sa victoire, d’après Orange Actualités
Du côté des alliés, Yannick Jadot, sénateur écologiste, a rejoint Glucksmann et doit présenter prochainement les « 100 jours » de la « révolution écologiste » que promet l’eurodéputé. Bernard Cazeneuve a appelé sur le réseau X à un rassemblement large autour d’un projet convaincant, et François Hollande a été invité à rejoindre la dynamique, d’après franceinfo. À l’opposé, Marine Tondelier, secrétaire nationale des Écologistes, a regretté que le vainqueur soit « celui qui fait le choix du repli en refusant toute perspective d’alliance large de toute la gauche et des écologistes ». Sur X, elle a ajouté rester « convaincue que le chemin de la victoire passe par le refus du clanisme », d’après Yahoo Actualités.
Un incident à replacer dans son contexte
Selon La Dernière Heure, Raphaël Glucksmann a reçu de la farine au visage dimanche soir, à la sortie d’un bar parisien. Le quotidien ne précise pas si l’auteur du geste était lié à La France insoumise, et ne donne aucun élément sur son identité. Il serait donc hasardeux d’en tirer une conclusion politique. L’intéressé affirme par ailleurs être victime de violences récurrentes de la part de sympathisants insoumis, une accusation qu’il porte en son nom propre et que nous n’avons pas pu vérifier de manière indépendante.
La ligne sur La France insoumise
C’est le point de clivage central pour la suite. Raphaël Glucksmann a été catégorique, d’après La Dernière Heure : « La ligne a été tranchée. Il n’y aura pas d’alliance avec La France insoumise ». Il a demandé à Jean-Luc Mélenchon de désavouer ses soutiens qu’il accuse d’agressions à répétition. Il estime, par ailleurs, que la ligne favorable à une alliance avec LFI n’est « plus majoritaire » dans le Parti socialiste, alors qu’Olivier Faure affirme que le PS décidera seul de ses alliances pour les législatives.
La question n’est pas théorique. Une élection présidentielle se joue au scrutin majoritaire à deux tours, mais les législatives qui suivent obéissent à une autre logique : sans accord électoral, les candidatures concurrentes à gauche risquent de se neutraliser dans de nombreuses circonscriptions. La date des législatives n’est pas fixée, et le sort d’un éventuel accord reste ouvert. Le débat porte donc sur deux calendriers : celui de la présidentielle, où Glucksmann parie sur une candidature sans alliance avec LFI, et celui des législatives, où le Parti socialiste devra arbitrer entre la fidélité à son nouveau champion et ses propres intérêts d’appareil.
Je reste convaincue que le chemin de la victoire passe par le refus du clanisme.
Marine Tondelier, sur X, d’après Yahoo Actualités
Ce que disaient les sondages avant le scrutin
Les enquêtes d’opinion rendues publiques avant la primaire donnent une idée du terrain à conquérir, avec une réserve de taille : toutes datent d’avant le 11 octobre, et leur sensibilité à l’effet de la victoire n’est pas mesurée. Les chiffres compilés par LCP placent Raphaël Glucksmann entre 10 et 14 % selon les instituts et les scénarios, derrière Jean-Luc Mélenchon dans plusieurs configurations.
| Institut | Dates de terrain | Glucksmann | Précisions |
|---|---|---|---|
| Ipsos bva | 31 août au 2 septembre | 14 % | Attal seul candidat du bloc central |
| Ipsos bva | 3 au 9 septembre | 13,5 % | Attal candidat ; Mélenchon à 15,5 % |
| Ipsos bva | 3 au 9 septembre | 12,5 % | Philippe candidat ; Mélenchon à 15,5 % |
| Ifop-Fiducial | 25 au 29 septembre | 11 % | Philippe candidat du bloc central |
| Toluna-Harris Interactive | 5 au 8 octobre | 10 à 11 % | Mélenchon à 18 ou 19 %, qualifié face à Marine Le Pen dans tous les scénarios |
Deux enseignements ressortent. D’abord, Glucksmann n’est pas qualifié pour le second tour dans les scénarios testés : dans l’enquête Ifop-Fiducial, ce sont Édouard Philippe (16 %) et Jean-Luc Mélenchon (15 %) qui sont les mieux placés derrière Marine Le Pen (32 %). Ensuite, sans lui, les candidats alternatifs du camp social-démocrate plafonnent très bas : 3 % avec Faure, Royal ou Guedj, 1 % avec Maurel, toujours selon l’Ifop-Fiducial. La primaire a donc surtout tranché un choix de stratégie : celui du seul candidat capable de peser dans les sondages.
À vérifier
Les intentions de vote citées sont celles publiées avant la primaire, dans des scénarios qui varient selon les instituts (identité du candidat du bloc central notamment). Elles ne sont pas directement comparables entre elles. Aucun sondage postérieur à la victoire de Raphaël Glucksmann n’était disponible à la rédaction de cet article.
Hamon, Hidalgo : le piège des précédents
Les commentateurs ont immédiatement rappelé les deux précédents les plus douloureux pour la famille socialiste. Benoît Hamon, vainqueur de la primaire de 2017, avait terminé à 6,35 % à la présidentielle, d’après les chiffres rapportés par La Dernière Heure. Anne Hidalgo, désignée en 2021 par les militants, n’avait recueilli que 1,7 % en 2022. Dans les deux cas, la désignation interne n’avait pas empêché l’effondrement, en partie parce que le candidat s’était retrouvé pris en étau entre un centre gagné par Emmanuel Macron et une gauche radicale rassemblée autour de Jean-Luc Mélenchon.

Raphaël Glucksmann a, pour sa part, un atout que n’avaient pas ses prédécesseurs : le 11 octobre, il l’emporte avec une majorité écrasante, ce qui évite les négociations de l’entre-deux-tours qui avaient pesé sur Benoît Hamon, d’après La Dernière Heure. Mais la comparaison a ses limites : les contextes politiques diffèrent, les sondages à sept mois du scrutin ne présagent pas du résultat, et la campagne n’est pas commencée.
Les prochaines étapes
Plusieurs rendez-vous sont à surveiller. Le premier est interne : la manière dont le Parti socialiste, dont les instances ont organisé la primaire sans que son premier secrétaire ne la remporte, se rangera derrière le vainqueur. Olivier Faure a assuré que le PS déciderait seul de la stratégie des législatives, ce qui laisse planer une incertitude sur la cohérence entre la présidentielle et les élections qui suivront. Le deuxième est le rassemblement au-delà du camp : Glucksmann a invité François Hollande et Bernard Cazeneuve à se joindre à son projet, et Yannick Jadot doit présenter les « 100 jours » de la « révolution écologiste ».
Le troisième concerne les Écologistes. Selon Yahoo Actualités, leur parti hésite entre trois options : une candidature autonome, une alliance avec Jean-Luc Mélenchon ou une alliance avec Glucksmann. Jérôme Auslender, responsable de Place publique, dit vouloir mettre en avant une identité écologiste partagée et se dit confiant de convaincre les Verts. Enfin, la tension du climat politique reste un sujet, l’eurodéputé disant être victime de violences de la part de sympathisants insoumis. Pour mesurer l’état des rapports de force au-delà de la gauche, on peut aussi relire notre analyse des sénatoriales dans les Alpes-Maritimes.
| Date | Étape |
|---|---|
| 25 août 2026 | Le Conseil national du PS ratifie l’accord sur les règles de la primaire |
| 9 octobre | Ouverture du vote en ligne ; cyberattaque sur la plateforme |
| 11 octobre, 18 heures | Clôture du vote, prolongé ; Glucksmann l’emporte avec environ 66 % |
| À venir | Présentation des « 100 jours » par Yannick Jadot ; arbitrage sur les alliances pour les législatives |
Questions fréquentes
Raphaël Glucksmann est-il déjà officiellement candidat à la présidentielle ?
Il est le candidat désigné de la gauche sociale-démocrate par la primaire du Parti socialiste et de Place publique. Pour se présenter à l’élection présidentielle, il devra encore réunir les parrainages d’élus exigés par la loi, une formalité qui n’est pas acquise d’avance pour tous les candidats, mais dont nous n’avons pas trouvé d’information spécifique le concernant.
La primaire concernait-elle toute la gauche ?
Non. Elle était réservée aux adhérents du PS, à ceux de Place publique et aux sympathisants ayant payé une cotisation de 15 euros (10 euros au tarif social). La France insoumise n’y participait pas, et les écologistes sont partagés sur la suite.
Le résultat est-il contesté après la cyberattaque ?
Dans les sources consultées, aucune contestation du résultat n’est rapportée. La cyberattaque a perturbé la plateforme et conduit à prolonger le vote, mais ni son auteur ni son éventuelle incidence sur la participation n’ont été précisés.
Quel est son poids dans les sondages ?
Avant la primaire, il était crédité d’environ 10 à 14 % des intentions de vote selon les instituts et les scénarios. Ces mesures sont antérieures à sa victoire.
Points à confirmer
Le score exact (66,13 %, 66,17 % ou 66,2 % selon les sources), le nombre d’inscrits (134 467 ou environ 140 000) et la date de fermeture prévue avant la prolongation du vote doivent être confirmés par les organisateurs. Les propos prêtés aux responsables politiques sont ceux rapportés par la presse citée.
À lire aussi : Primaire du PS et de Place publique : calendrier, prix du vote et candidats et Sénatoriales 2026 : la droite divisée dans les Alpes-Maritimes.
Camille Reynaud suit la vie institutionnelle, le Parlement et les grands débats publics. Elle traite également les sujets de justice, d’éducation et de santé, avec une attention particulière aux textes de loi et à ce qu’ils changent concrètement pour les citoyens. Elle privilégie les sources primaires : rapports parlementaires, avis d’autorités indépendantes et décisions de justice.

