Le Palais du Luxembourg, siège du Senat, a Paris

Sénatoriales 2026 : la droite divisée dans les Alpes-Maritimes, le RN à la porte d’un groupe au Sénat

Ce dimanche 27 septembre 2026, 93 469 grands électeurs des Alpes-Maritimes à la Belgique… non, de l’Ain jusqu’à la Guyane, en passant par les Français de l’étranger, sont appelés à renouveler 178 sièges sur les 348 que compte le Sénat. Un scrutin technique, indirect, réservé aux élus locaux : mais derrière son apparente discrétion se joue une bataille qui dépasse largement le Palais du Luxembourg. Dans les Alpes-Maritimes, la droite se présente divisée pour la première fois depuis des années. À l’échelle nationale, le Rassemblement national, qui ne compte aujourd’hui que trois sénateurs, espère franchir le seuil symbolique des dix élus pour constituer, une fois dans son histoire, un groupe parlementaire au Palais du Luxembourg.

Un scrutin à deux visages : comment vote-t-on ce dimanche

Les élections sénatoriales ne se votent pas comme les autres. Elles ne concernent ni les citoyens directement, ni un seul mode de scrutin. Ce 27 septembre, deux systèmes coexistent selon le nombre de sièges à pourvoir dans chaque département. Là où un ou deux sénateurs seulement sont en jeu, c’est un scrutin majoritaire à deux tours qui s’applique, avec des résultats connus dès le premier tour si un candidat obtient la majorité absolue. Là où trois sièges ou plus sont à pourvoir, comme dans les Alpes-Maritimes qui en renouvellent cinq, c’est une représentation proportionnelle à la règle de la plus forte moyenne qui départage les listes, sans panachage ni vote préférentiel possible.

Les électeurs ne sont pas les citoyens ordinaires mais des grands électeurs : parlementaires, conseillers régionaux et départementaux, et surtout délégués des conseils municipaux, qui représentent l’écrasante majorité du corps électoral. Au niveau national, environ 172 600 grands électeurs sont appelés aux urnes sur l’ensemble des deux séries du Sénat ; pour la seule série renouvelée ce dimanche, ils sont 93 469, dont 88 937 délégués municipaux, soit plus de 95 % du total. Chacune des 34 874 communes de France désigne au moins un délégué, ce qui garantit une représentation de tous les territoires, des plus petits villages aux grandes métropoles. Le vote est obligatoire pour ces grands électeurs : l’absence non justifiée expose à une amende de 100 euros.

À retenir

Le Sénat renouvelle sa composition par moitié tous les trois ans. Cette année, c’est la « série 2 » qui est concernée : les départements de l’Ain au Bas-Rhin, du Bas-Rhin au Territoire de Belfort, cinq collectivités d’outre-mer (Guyane, Saint-Barthélemy, Saint-Martin, Wallis-et-Futuna, Polynésie française) et la moitié des sièges réservés aux Français établis hors de France.

Un grand electeur glisse son bulletin dans lurne
Un grand electeur vote lors d’une election senatoriale. Photo : Edmond Dantes / Pexels

Bureaux de vote, dépouillement, résultats : le calendrier de la journée

Les bureaux de vote ouvrent à 8h30 et ferment à 17h30 en métropole. Pour les Français de l’étranger, le vote se déroule au ministère de l’Europe et des Affaires étrangères, à Paris, de 9 heures à 15 heures. Le calendrier de la journée diffère ensuite selon le mode de scrutin appliqué localement.

Étape Horaire ou échéance Détail
Ouverture des bureaux 8h30 Vote des grands électeurs dans leur département
Fermeture des bureaux 17h30 15h pour les Français de l’étranger
Premiers résultats (scrutin majoritaire) Vers la mi-journée Départements à 1 ou 2 sièges, résultat souvent connu au premier tour
Résultats (scrutin proportionnel) Fin de journée Départements à 3 sièges ou plus, dont les Alpes-Maritimes
Entrée en fonction des élus 1er octobre 2026 Début du mandat des nouveaux sénateurs

Les résultats officiels, département par département, sont mis en ligne par le ministère de l’Intérieur sur son site dédié aux résultats d’élections, ainsi que par le site officiel du Sénat consacré au scrutin. Compte tenu du mode de calcul de la proportionnelle, une attribution définitive des sièges dans les départements les plus disputés, comme les Alpes-Maritimes, ne peut être considérée comme certaine avant la publication du procès-verbal officiel en fin d’après-midi.

Le Sénat avant le vote : quel rapport de force

Avant ce scrutin, le Palais du Luxembourg reste dominé par la droite et le centre. Les Républicains y disposent du groupe le plus nombreux, loin devant les socialistes, tandis qu’une majorité de coalition centriste et de droite tient les commandes de l’institution depuis plusieurs législatures. Voici la photographie du Sénat sortant, group par groupe, selon les données publiées par l’institution.

Groupe politique Sièges avant le 27 septembre Tendance
Les Républicains (LR) 130 Droite
Socialiste, Écologiste et Républicain 65 Gauche
Union Centriste 59 Centre
Les Indépendants, République et Territoires 20 Centre droit
Rassemblement des Démocrates, Progressistes et Indépendants 19 Majorité présidentielle
Communiste, Républicain, Citoyen et Écologiste (Kanaky) 18 Gauche
Rassemblement Démocratique et Social Européen 17 Centre
Écologiste, Solidarité et Territoires 16 Gauche
Non-inscrits 4 Dont les 3 sénateurs RN

Ce total de 348 sièges donne une majorité absolue à 175 voix. À eux seuls, Les Républicains et l’Union Centriste, qui gouvernent ensemble l’essentiel des postes de responsabilité au Sénat, rassemblent 189 sièges, largement de quoi peser sur les débats budgétaires à venir, notamment ceux du budget 2027 que le Sénat devra examiner après l’Assemblée nationale.

Le Rassemblement national à la porte d’un premier groupe

C’est, de loin, l’enjeu le plus scruté de ce scrutin par les observateurs de la vie parlementaire. Le Rassemblement national n’a jamais constitué de groupe au Sénat depuis sa création. Ses trois sénateurs actuels, Christopher Szczurek (Pas-de-Calais), Joshua Hochart (Nord) et Aymeric Durox (Seine-et-Marne), siègent comme non-inscrits, une situation qui limite considérablement leur poids institutionnel : selon plusieurs décomptes, ils ne peuvent voter que sur un scrutin sur trois environ, faute des prérogatives réservées aux groupes constitués.

Le règlement du Sénat est clair sur ce point : chaque groupe politique doit compter au moins dix membres pour être formellement reconnu, contre quinze à l’Assemblée nationale. En deçà de ce seuil, les élus ne peuvent se réunir qu’en « réunion administrative », avec des droits bien plus limités : pas de créneau de questions au gouvernement réservé, pas de droit de tirage pour une commission d’enquête, une prise de parole réduite dans les débats généraux.

Nous avons la volonté de doubler voire de tripler notre nombre de sénateurs. C’est un objectif ambitieux, mais ce n’est pas inatteignable.

Ludovic Pajot, directeur de campagne du Rassemblement national pour les sénatoriales

Selon les estimations internes du parti relayées par la presse parlementaire, le Rassemblement national et ses alliés de l’Union des droites pour la République (UDR) d’Éric Ciotti visent une fourchette de neuf à treize sièges au total, essentiellement dans le Sud-Est et dans les départements où les listes de droite se sont divisées après les dernières municipales. Un score dans cette fourchette suffirait, sur le papier, à constituer le tout premier groupe RN de l’histoire du Sénat.

La perspective inquiète jusque dans l’administration du Palais du Luxembourg elle-même, qui doit matériellement se préparer à l’arrivée d’un neuvième groupe politique, alors que huit lui semblaient déjà difficiles à loger.

178sièges renouvelés ce dimanche
10sénateurs nécessaires pour former un groupe
3sénateurs RN actuellement, tous non-inscrits

Un haut fonctionnaire du Sénat, cité par la presse spécialisée, résume la difficulté logistique de cette hypothèse : « À huit groupes, c’est compliqué, à neuf groupes, c’est très compliqué. Il faut pousser les murs ! » Concrètement, cela suppose de déplacer des services administratifs pour libérer des bureaux, et de recruter du personnel pour épauler les nouveaux élus, un groupe constitué disposant de moyens humains et financiers propres. Certains sénateurs RN affirment par ailleurs avoir des contacts avec des élus siégeant actuellement chez Les Républicains, évoquant des « relations fluides et faciles », sans que cela n’ait, à ce stade, débouché sur une officialisation.

Dans les Alpes-Maritimes, une droite fracturée

Nulle part cette recomposition n’est plus visible que dans les Alpes-Maritimes, où cinq sièges sont à pourvoir pour environ 2 093 grands électeurs. Sept listes se sont déclarées, un nombre inhabituellement élevé pour ce département, signe d’un paysage politique local très éclaté après les municipales de mars 2026, qui ont fait basculer plusieurs villes importantes, dont Nice, Menton et Cagnes-sur-Mer, vers l’UDR ou le Rassemblement national.

Vue aerienne de Nice et du littoral des Alpes-Maritimes
Nice et le littoral des Alpes-Maritimes, ou cinq sieges sont a pourvoir ce dimanche. Photo : Laura Paredis / Pexels

La nouveauté la plus commentée est la division de la droite historique en deux listes rivales, toutes deux issues des rangs des Républicains :

Liste Tête de liste Étiquette
La liberté d’agir pour les Alpes-Maritimes Dominique Estrosi-Sassone Les Républicains
Ensemble pour les Alpes-Maritimes Alexandra Borchio Fontimp Divers droite
Le meilleur est à venir pour les Alpes-Maritimes Laurent Castillo Union des droites (UDR-RN)
Faisons entrer le programme du NFP au Sénat Adrien Nouet La France insoumise
Ensemble vivons autrement les Alpes-Maritimes Francis Tujague Union de la gauche (PCF-PS)
#Causescommunes Jean-Christophe Picard Divers gauche, écologistes
Unissons nos communes pour la paix Livio Orsi Divers

Les deux sénatrices sortantes, Dominique Estrosi-Sassone et Alexandra Borchio Fontimp, se retrouvent ainsi en concurrence directe alors qu’elles siégeaient jusqu’ici dans le même groupe. Cette scission de la droite locale, qui succède à des tensions internes documentées depuis plusieurs mois par la presse régionale, ouvre un boulevard, selon plusieurs analystes locaux, à la liste d’union des droites menée par l’eurodéputé Laurent Castillo, elle-même renforcée par le ralliement d’un sénateur sortant.

Henri Leroy, itinéraire d’une rupture avec Les Républicains

Ce sénateur sortant, c’est Henri Leroy, élu des Alpes-Maritimes depuis 2015, qui a quitté Les Républicains en mars 2026 pour rallier l’UDR d’Éric Ciotti. Son départ, motivé selon lui par le rapprochement de LR avec la majorité présidentielle lors des débats budgétaires, a été rendu public dans des termes sans ambiguïté.

Je n’ai plus rien à attendre d’un parti qui a pactisé avec Emmanuel Macron.

Henri Leroy, ancien sénateur LR des Alpes-Maritimes, aujourd’hui candidat sur la liste UDR-RN

Henri Leroy a néanmoins tenu à se démarquer d’une lecture trop binaire de son choix : « Je rejoins l’UDR, qui n’est pas le RN. Je ne suis pas un extrémiste », a-t-il affirmé, tout en reconnaissant des désaccords programmatiques persistants avec le Rassemblement national, notamment sur les retraites et l’économie. Il dit conserver une estime personnelle pour le président des Républicains, Bruno Retailleau, qui aurait selon lui « regretté » son départ sans le juger surprenant. Bruno Retailleau n’a pas donné suite aux demandes de réaction formulées par la presse parlementaire au moment de l’annonce.

À vérifier

Les intentions de vote des 2 093 grands électeurs des Alpes-Maritimes ne font l’objet d’aucun sondage public fiable, l’élection sénatoriale ne s’y prêtant pas. Les scores annoncés par les états-majors de campagne (Henri Leroy évoquait « trois ou quatre sièges » pour son camp avant le scrutin) sont des objectifs revendiqués, non des projections vérifiées. Seul le résultat du dépouillement, attendu en fin de journée, permettra de trancher.

2020 contre 2026 : ce qui a changé dans le département

Le contraste avec le précédent scrutin sénatorial mesure l’ampleur de la recomposition en cours. En 2020, une liste unique conduite par Dominique Estrosi-Sassone avait remporté les cinq sièges alors en jeu dans les Alpes-Maritimes, un « carton plein » qui illustrait la domination sans partage de la droite républicaine locale à cette date.

Sénatoriales 2020 Sénatoriales 2026
Nombre de listes Une liste LR dominante, peu de concurrence à droite Sept listes, dont deux listes LR rivales
Résultat pour LR 5 sièges sur 5 Incertain, listes divisées
Présence UDR-RN Absente sous cette forme Liste dédiée, avec un sénateur sortant transfuge de LR
Contexte municipal Nice, Menton, Cagnes-sur-Mer à droite classique Ces villes passées à l’UDR ou au RN en mars 2026

Cette bascule locale, intervenue lors des municipales de mars 2026, a directement modifié la composition du corps électoral des grands électeurs, puisque une partie des délégués municipaux qui votent ce dimanche ont eux-mêmes été élus sur des listes proches de l’UDR ou du RN. C’est précisément ce mécanisme, la contamination du collège sénatorial par les résultats municipaux, qui explique pourquoi le parti de Marine Le Pen espère pour la première fois transformer sa progression électorale locale en sièges au Palais du Luxembourg.

Le drapeau francais flotte devant un ciel bleu
Cette election senatoriale est presentee comme le dernier grand test avant 2027. Photo : Cagri Kanmaz / Pexels

Ce que cette élection prépare avant 2027

Au-delà des chiffres de ce dimanche, cette élection sénatoriale est unanimement présentée par les commentateurs politiques comme le dernier grand test électoral avant la présidentielle de 2027. Elle intervient alors que le gouvernement de Sébastien Lecornu prépare l’examen du budget 2027, un texte dont le Sénat, chambre où siège la nouvelle majorité issue du scrutin, aura à connaître dans les prochaines semaines. Un Sénat plus fragmenté, avec un groupe RN inédit et une droite républicaine affaiblie par ses divisions locales, pourrait rendre les débats budgétaires plus difficiles à piloter pour l’exécutif, dans la continuité des tensions déjà observées à l’Assemblée nationale sur ce même texte.

Sur le plan strictement institutionnel, le nouveau Sénat devra également, dans les semaines suivant son renouvellement, réélire son bureau, en particulier son président. Gérard Larcher (LR) occupe cette fonction depuis 2014 ; sa réélection ou son maintien à la tête de l’institution dépendra directement des équilibres qui se dessineront à l’issue du dépouillement de ce dimanche soir, notamment de la capacité des Républicains à limiter les dégâts dans des départements comme les Alpes-Maritimes.

Les résultats définitifs, département par département, seront consultables en fin de journée sur le site du ministère de l’Intérieur et sur celui du Sénat. 06 Actus reviendra sur les résultats précis dans les Alpes-Maritimes et sur la constitution, ou non, d’un premier groupe RN au Palais du Luxembourg dès qu’ils seront officiellement proclames.

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