Drapeaux des États membres devant un siège des Nations unies

Assemblée générale de l’ONU 2026 : Trump et Macron, deux visions du monde

New York a rouvert mardi 22 septembre 2026 la grand-messe annuelle de la diplomatie mondiale. Le débat général de la 81e session de l’Assemblée générale des Nations unies s’est ouvert sur un thème qui sonne comme un aveu, « Rétablir la confiance, gérer la transformation : des Nations unies au service de tous », et sur une succession de discours qui ont surtout montré l’inverse. En l’espace de quelques heures, la tribune a vu passer un secrétaire général en fin de mandat décrivant un monde dont « les fissures sont devenues des canyons », un président américain oscillant entre la promesse d’un accord avec l’Iran et la menace « d’anéantir » la République islamique, et un président français livrant sa dernière intervention devant l’institution, trente minutes de plaidoyer pour le multilatéralisme face au « retour de l’impérialisme ». Plus de 130 dirigeants doivent se succéder à ce pupitre jusqu’au 28 septembre. Voici ce qui s’est réellement dit, et ce que cela change.

81esession de l’Assemblée générale
130+dirigeants attendus à la tribune
22 au 28 sept.durée du débat général

Une ouverture sous tension

Le débat général est ce moment de l’année où chaque chef d’État ou de gouvernement dispose de quelques minutes pour exposer sa lecture du monde depuis la tribune de verre de l’Assemblée générale. L’exercice est rituel, souvent convenu. Il l’était beaucoup moins cette année. La session s’ouvre alors que deux guerres majeures se poursuivent, en Ukraine et au Moyen-Orient, que les prix de l’énergie restent très au-dessus de leurs niveaux d’avant crise, et que l’organisation elle-même s’apprête à changer de tête : le mandat d’António Guterres comme secrétaire général s’achève le 31 décembre 2026.

Le contraste entre les deux discours les plus attendus de la journée, celui de Donald Trump et celui d’Emmanuel Macron, a structuré toute la couverture médiatique de la séance. D’un côté, une ligne nationaliste assumée, hostile aux institutions multilatérales et à toute régulation internationale de l’intelligence artificielle. De l’autre, une défense frontale de l’ONU et du droit international. Les deux hommes ne se sont pas répondu directement, mais leurs interventions se sont lues comme un dialogue de sourds en différé.

Drapeaux internationaux flottant sous un ciel dégagé
Les drapeaux des États membres, symbole d'un multilatéralisme mis à l'épreuve à New York. Photo : Bhabin Tamang / Pexels

Guterres : un dernier avertissement

C’est le secrétaire général qui ouvre traditionnellement le débat général. António Guterres, qui entre dans les cent derniers jours de son mandat, a bâti son intervention autour de quatre « grands tests » : la guerre, les inégalités, le changement climatique et l’intelligence artificielle. Sa formule la plus reprise tient en quelques mots.

Les lignes de fracture de notre monde s’élargissent. Les fissures sont devenues des canyons.

António Guterres, secrétaire général des Nations unies, 22 septembre 2026

Le fil conducteur de son propos était la question du pouvoir : qui le détient, comment il s’exerce. « Le plus grand pouvoir n’est pas celui de dominer, c’est celui de bâtir un avenir qui fonctionne pour tous », a-t-il déclaré. Sur le Proche-Orient, il a qualifié les cessez-le-feu conclus puis rompus de simples « moindres feux » et mis en garde contre l’extension des colonies israéliennes en Cisjordanie, qui menace selon lui de rendre impossible toute solution à deux États. Il a également condamné la Russie pour violation de la Charte des Nations unies en Ukraine.

Sur l’intelligence artificielle, Guterres a déplacé le curseur : le danger ne vient pas de la technologie en soi mais de « la technologie sans responsabilité ». Il a plaidé pour un cadre multilatéral de gouvernance des risques, placé sous supervision indépendante, et lancé une mise en garde sans ambiguïté sur les armes autonomes, estimant que « les robots tueurs n’ont pas leur place dans notre avenir ». Il a enfin revendiqué un acquis institutionnel : l’ONU a atteint pour la première fois la parité femmes-hommes dans son encadrement supérieur, à son siège et parmi son personnel de catégorie professionnelle.

Trump et l’Iran : accord ou anéantissement

Le président américain a consacré, selon le compte rendu de l’ONU, la plus grande partie de son discours à l’Iran, qu’il a décrit comme « le premier parrain du terrorisme » et accusé d’avoir répandu « le carnage et le chaos » à travers le Moyen-Orient pendant cinquante et un ans. Il a affirmé avoir proposé à Téhéran une coopération économique en échange de l’arrêt de son programme nucléaire et de son soutien à des groupes armés, offre selon lui rejetée. Il a ensuite revendiqué la destruction du programme nucléaire iranien lors de l’opération baptisée Midnight Hammer, puis l’affaiblissement des capacités militaires iraniennes : moyens navals, défenses aériennes, sites de production de missiles.

Puis est venue la séquence qui a fait le tour du monde. Donald Trump a présenté son choix comme binaire : conclure un accord permettant à l’Iran de se reconstruire, ou « anéantir la République islamique » et « la précipiter en enfer, sans chance de survie ni espoir de grandeur future ». Dans le même mouvement, il a prédit qu’un accord finirait par être trouvé, en le situant après les élections de mi-mandat américaines, et a appelé les États à maintenir « l’isolement économique complet » de l’Iran jusqu’à l’arrêt des attaques contre le trafic maritime commercial.

À retenir

Sur l’Iran, la position américaine exprimée à la tribune combine trois éléments qui ne pointent pas dans la même direction : une menace militaire maximale, un pari sur un accord à venir, et une demande de pression économique renforcée dans l’intervalle. Aucun calendrier précis n’a été donné, et aucun document n’a été présenté.

Venezuela, Groenland, CPI : le reste du discours américain

Le reste de l’intervention a balayé un spectre très large. Donald Trump a affirmé avoir mis fin à huit conflits depuis son retour au pouvoir, citant notamment les différends entre le Cambodge et la Thaïlande, le Kosovo et la Serbie, la République démocratique du Congo et le Rwanda, le Pakistan et l’Inde, l’Arménie et l’Azerbaïdjan, ainsi que la guerre à Gaza. Ce décompte est contesté, à commencer par le cas de Gaza, où l’Élysée conteste publiquement l’idée que la guerre soit terminée.

Sur le continent américain, le président des États-Unis a évoqué une opération militaire américaine au Venezuela ayant abouti à l’arrestation du président Nicolás Maduro, et annoncé un accord pétrolier majeur entre les deux pays. Il a désigné les cartels de la drogue comme organisations terroristes étrangères et appelé le Mexique à « reprendre le contrôle de son sol ». Il a enfin salué l’accord conclu avec le Danemark et le Groenland, présenté comme donnant aux États-Unis « un contrôle permanent sur la sécurité et tous les autres besoins » du territoire arctique.

Le volet institutionnel a été le plus offensif. Le président américain a décrit la Cour pénale internationale comme une institution « pleine de gens malfaisants », sans juridiction sur les États-Unis, et a appelé les nations à s’en retirer. Il a également visé le Conseil des droits de l’homme de l’ONU, l’Unesco et l’Organisation maritime internationale. Sur l’intelligence artificielle, il a proposé de renommer la technologie « superintelligence », jugeant le mot « artificiel » trompeur, et résumé l’enjeu d’une formule : « celui qui gagne la superintelligence gagne ».

Macron : un testament diplomatique

Emmanuel Macron s’est exprimé pendant une trentaine de minutes, pour sa dernière intervention à cette tribune en tant que chef de l’État : son mandat s’achève au printemps 2027. L’Élysée récuse le mot de bilan et parle « d’action jusqu’à la dernière seconde », mais le discours avait bien la forme d’un testament diplomatique, revenant sur ses engagements multilatéraux depuis 2017.

Plus que jamais, nous avons besoin de nos Nations unies.

Emmanuel Macron, Assemblée générale des Nations unies, 22 septembre 2026

Le président français a construit son propos autour d’une opposition : d’un côté « le retour de l’impérialisme, de l’arrogance, le retour à la force sans règle ni retenue », de l’autre le devoir « de nous tenir droits aux côtés des Nations unies pour décider précisément ensemble de l’intérêt commun ». Il a critiqué la « mode » consistant à dire que l’ONU ne servirait plus à grand-chose et pourrait céder la place à une organisation fondée sur la loi du plus fort. Il a aussi pointé la paralysie récurrente du Conseil de sécurité. Son intervention a été ponctuée d’un « Vive les Nations unies ! » très applaudi, et lue par plusieurs commentateurs comme une série d’attaques à peine voilées contre Washington, Pékin, les grandes plateformes technologiques et, plus directement, Moscou.

Responsables politiques à un pupitre lors d'une déclaration officielle
Le débat général donne à chaque dirigeant quelques minutes de tribune. Photo : Werner Pfennig / Pexels

Gaza et la solution à deux États

Emmanuel Macron a de nouveau décrit la situation à Gaza comme « un spectacle qui nous fait honte à tous » et réaffirmé que la construction d’une solution à deux États conditionne « la sécurité d’aujourd’hui et de demain pour Israël et son peuple ». Il a appelé les États à reconnaître la Palestine. Il a par ailleurs contesté l’affirmation américaine selon laquelle la guerre à Gaza serait terminée, en soulignant que les couloirs humanitaires n’avaient pas rouvert. La réplique israélienne a été immédiate : le bureau du Premier ministre Benjamin Netanyahou a jugé « sidérante » « l’absurdité grotesque des propos d’Emmanuel Macron ».

Ukraine : le « double moratoire »

Sur l’Ukraine, le président français a plaidé pour un « double moratoire » sur les frappes visant les sites énergétiques et les infrastructures civiles, en Russie comme en Ukraine, ainsi que pour un moratoire en mer Noire destiné à libérer les exportations de céréales. Cette proposition rejoint une séquence diplomatique parallèle : en marge de l’Assemblée, Volodymyr Zelensky et Donald Trump ont abordé mardi des « étapes de désescalade » et précisément l’hypothèse d’un moratoire énergétique. Le président ukrainien s’est dit prêt à s’y engager si Moscou cesse de viser les infrastructures énergétiques, de chauffage, d’électricité et les réserves d’eau. Kiev et Washington affichent le même objectif déclaré : que la guerre s’arrête avant l’hiver.

Intelligence artificielle : ni Washington ni Pékin

Troisième axe, l’intelligence artificielle. Emmanuel Macron a exhorté tous les États « attachés à leur indépendance » à unir leurs efforts de recherche pour bâtir une alternative qui ne dépende ni des États-Unis ni de la Chine. Dans la foulée de son discours, il a participé à une réunion de haut niveau de la coalition pour les droits et la protection des enfants à l’ère de l’IA. La France, l’Espagne, le Kenya et l’Australie, coprésidents, y ont dévoilé une feuille de route soutenue par 26 États et huit entités des Nations unies.

Deux visions du monde, point par point

Mis côte à côte, les deux discours dessinent deux architectures internationales incompatibles. Le tableau ci-dessous résume les positions exprimées à la tribune le 22 septembre.

Sujet Donald Trump Emmanuel Macron
Rôle de l’ONU Institutions multilatérales critiquées, appel au retrait de la CPI Défense de l’ONU, dénonciation de la paralysie du Conseil de sécurité
Iran Isolement économique complet, menace d’anéantissement, accord envisagé après les élections Opposition à la guerre en Iran
Gaza Guerre présentée comme terminée Guerre non terminée, appel à reconnaître la Palestine, solution à deux États
Ukraine Négociations en cours, « il est temps d’arrêter de tuer » Double moratoire énergétique et moratoire en mer Noire
Intelligence artificielle Rejet d’une régulation mondiale, renommer la technologie « superintelligence » Gouvernance internationale, alternative européenne aux États-Unis et à la Chine

Ce que cela change pour la France

Pour la diplomatie française, cette session a une valeur particulière. C’est la dernière à laquelle Emmanuel Macron participe en tant que président, à moins de huit mois d’une élection présidentielle qui rebattra les cartes de la politique étrangère du pays. Les positions défendues mardi, reconnaissance de la Palestine, soutien à l’Ukraine, autonomie technologique européenne, ne sont pas garanties de survivre à l’alternance. Aucun candidat ne s’est engagé formellement à les reprendre à ce stade.

Sur le fond, trois dossiers exposent directement la France. Le premier est énergétique : la guerre en Iran et les tensions dans le détroit d’Ormuz pèsent sur les prix du carburant et du gaz payés par les ménages français, un sujet devenu explosif ces dernières semaines. Le deuxième est sécuritaire : la perspective d’un moratoire énergétique en Ukraine, si elle se concrétise, conditionnerait une bonne partie de l’hiver européen. Le troisième est institutionnel : la France, membre permanent du Conseil de sécurité, verra son influence dépendre directement de la solidité de l’ONU que Washington affaiblit méthodiquement.

Le calendrier onusien à venir

Le débat général se poursuit jusqu’au 28 septembre. En parallèle, la succession d’António Guterres, dont le mandat expire le 31 décembre 2026, devient un enjeu diplomatique de premier plan : le prochain secrétaire général devra composer avec une administration américaine ouvertement hostile à plusieurs agences onusiennes.

Le pétrole, l’angle mort du débat

Les discours ont peu parlé d’économie, mais le marché, lui, a réagi le même jour. Le mardi 22 septembre au matin, le baril de Brent, référence internationale, reculait d’environ 2 % pour s’établir autour de 98 dollars, tandis que le WTI américain évoluait autour de 90 dollars. Ce repli fait suite à l’annonce par l’Arabie saoudite de la remise en service de son oléoduc est-ouest, endommagé début septembre et actuellement en phase de tests. Cette infrastructure d’environ 1 200 kilomètres permet d’acheminer le brut du Golfe vers la mer Rouge en contournant le détroit d’Ormuz, ce qui en fait une pièce maîtresse du commerce pétrolier depuis le début de la guerre.

Indicateur Niveau au 22 septembre 2026 Repère
Brent (référence internationale) Environ 98 dollars le baril Pic récent proche de 109 dollars
WTI (référence américaine) Environ 90 dollars le baril Repassé sous la barre des 100 dollars
Essence aux États-Unis 4,48 dollars le gallon en moyenne Hausse d’environ 50 % depuis fin février, selon l’AAA

Pour les automobilistes français, l’effet n’est pas mécanique : la fiscalité, la marge de distribution et le taux de change amortissent une partie des variations. Mais la direction générale, elle, se transmet en quelques semaines à la pompe. C’est l’une des raisons pour lesquelles ce qui se dit à New York sur l’Iran ne relève pas seulement de la diplomatie abstraite.

Vue aérienne d'un pétrolier naviguant en pleine mer
Le transport maritime du brut reste au cœur des tensions autour du détroit d'Ormuz. Photo : Alexander Bobrov / Pexels

Ce qu’il faut surveiller d’ici au 28 septembre

Le débat général est loin d’être terminé et plusieurs séquences méritent l’attention. Volodymyr Zelensky devait s’exprimer devant l’Assemblée mercredi 23 septembre, au lendemain de son entretien avec Donald Trump. D’autres dirigeants prendront la parole sur des dossiers sensibles : le président argentin Javier Milei a par exemple réaffirmé mercredi la revendication de souveraineté de son pays sur les îles Malouines. Le Canada, de son côté, a annoncé une aide à la Palestine afin de préserver, selon Ottawa, la possibilité d’une solution à deux États.

Trois questions resteront ouvertes à la fin de la semaine. Un moratoire énergétique russo-ukrainien peut-il être formalisé, et sous quelle garantie ? Les contacts américano-iraniens évoqués en marge de l’Assemblée déboucheront-ils sur une négociation réelle ? Et l’appel d’Emmanuel Macron à reconnaître la Palestine sera-t-il suivi par de nouveaux États, alors qu’une vague de reconnaissances avait déjà eu lieu un an plus tôt ?

À vérifier

Plusieurs éléments cités dans les discours relèvent de déclarations politiques et non de faits établis de façon indépendante. C’est le cas du décompte des « huit conflits » réglés avancé par Donald Trump, de la portée exacte de l’accord annoncé avec le Groenland et de l’ampleur réelle des dommages infligés au programme nucléaire iranien. Les niveaux de prix du pétrole mentionnés correspondent à la matinée du 22 septembre 2026 et évoluent en continu.

Questions fréquentes

Qu’est-ce que le débat général de l’Assemblée générale ?

C’est la séquence annuelle, au siège de l’ONU à New York, pendant laquelle les chefs d’État et de gouvernement exposent successivement leurs priorités depuis la tribune de l’Assemblée générale. En 2026, il court du 22 au 28 septembre et doit accueillir plus de 130 dirigeants.

Pourquoi ce discours de Macron était-il le dernier ?

Parce que le mandat présidentiel d’Emmanuel Macron s’achève au printemps 2027 et qu’il ne participera donc plus à une session de l’Assemblée générale en tant que chef de l’État. L’Assemblée générale de septembre 2027 se tiendra sous une nouvelle présidence française.

António Guterres quitte-t-il ses fonctions ?

Son mandat de secrétaire général des Nations unies s’achève le 31 décembre 2026. La désignation de son successeur, qui suppose un accord au Conseil de sécurité puis un vote de l’Assemblée générale, constitue l’un des enjeux diplomatiques des prochains mois.

Le thème de la session a-t-il une portée concrète ?

Le thème retenu, « Rétablir la confiance, gérer la transformation : des Nations unies au service de tous », n’a pas de valeur contraignante. Il oriente les travaux et les événements de haut niveau organisés en marge du débat, comme la coalition sur les droits des enfants à l’ère de l’intelligence artificielle.

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