Manifestation syndicale, photo d'illustration

Grève du 29 septembre 2026 dans la fonction publique : ce qui va changer

Huit organisations syndicales, de la CGT à la CFDT en passant par FO, la FSU, Solidaires, l’UNSA, la CFE-CGC et la FA-FP, appellent l’ensemble des agents publics à la grève et à la manifestation ce mardi 29 septembre 2026. En jeu : le gel, pour la quatrième année consécutive, du point d’indice qui sert de base au calcul du salaire des 5,9 millions d’agents publics (État, collectivités territoriales, hôpitaux). Le gouvernement de Sébastien Lecornu revendique environ 2 milliards d’euros d’économies sur ce seul poste dans le projet de budget 2027, présenté à l’Assemblée nationale dès le lendemain de la mobilisation. Écoles, hôpitaux, guichets administratifs : voici ce qui est concrètement annoncé pour cette journée, et pourquoi elle intervient à un moment particulièrement tendu du calendrier social et budgétaire.

Ce qu’il faut retenir en quelques lignes

La journée du 29 septembre s’annonce comme l’une des mobilisations les plus suivies de la rentrée dans les services publics. Elle intervient cinq jours avant l’examen du projet de loi de finances 2027 à l’Assemblée nationale, ce qui n’a rien d’un hasard : les organisations syndicales veulent peser sur les arbitrages budgétaires avant qu’ils ne soient figés dans le texte. La mobilisation touche, à des degrés divers, les trois versants de la fonction publique : l’État (enseignants, agents des ministères, douanes, finances publiques), les collectivités territoriales (mairies, départements, régions) et les hôpitaux publics.

5,9 Magents publics en France, fin 2024 (Insee)
4,92 €valeur mensuelle du point d’indice, gelée depuis juillet 2023
2 Md€d’économies attendues du gel en 2027

À retenir

Le 29 septembre 2026 n’est pas une grève sectorielle : c’est un appel intersyndical unitaire, rare par le nombre d’organisations signataires, qui vise l’ensemble de la fonction publique. Le service minimum s’applique dans les secteurs qui y sont soumis (transports, hôpitaux), mais des perturbations sont annoncées dans les écoles, les mairies, les préfectures et certains services hospitaliers non urgents.

Qui appelle à la grève le 29 septembre

L’appel a d’abord été signé par sept organisations, la CGT, la CFDT, l’UNSA, la FSU, Solidaires, la CFE-CGC et la FA-FP, avant d’être rejoint par FO après l’échec des négociations salariales du 8 juillet 2026 entre le gouvernement et les organisations représentatives de la fonction publique. Cette convergence de huit syndicats, y compris des organisations dont les lignes stratégiques divergent habituellement, est présentée par les fédérations comme le signe d’un mécontentement transversal, qui dépasse les clivages syndicaux traditionnels.

Sur le terrain, les préavis de grève ont été déposés dans la quasi-totalité des ministères, dans de nombreuses collectivités locales et dans plusieurs centres hospitaliers, dont le CHU de Nice. Des rassemblements et cortèges sont annoncés dans la plupart des grandes villes françaises, avec une journée d’action nationale coordonnée depuis Paris.

Organisation Secteur principal représenté Position dans l’appel
CGT Interprofessionnel, fonction publique Signataire initiale
CFDT Interprofessionnel, fonction publique Signataire initiale
FSU Éducation, enseignement supérieur Signataire initiale
Solidaires Interprofessionnel Signataire initiale
UNSA Interprofessionnel, fonction publique Signataire initiale
CFE-CGC Encadrement Signataire initiale
FA-FP Fonction publique Signataire initiale
FO Interprofessionnel, fonction publique Ralliée après l’échec des négociations du 8 juillet 2026

Le point d’indice, au cœur du conflit

Le point d’indice est la valeur de référence qui, multipliée par l’indice majoré de chaque agent, détermine son traitement brut mensuel. C’est le principal levier de revalorisation générale des salaires dans la fonction publique. Sa valeur annuelle est fixée à 59,0734 euros, soit environ 4,92 euros mensuels, un montant resté strictement identique depuis le 1er juillet 2023. À titre d’exemple, un agent placé à l’indice majoré 400, un niveau représentatif d’un agent de catégorie B en milieu de carrière, perçoit un traitement brut d’environ 1 969 euros par mois, un montant qui n’a donc pas bougé depuis plus de trois ans, hors mesures individuelles.

Sébastien Lecornu a confirmé, dans le cadre de la préparation du budget 2027, que ce point resterait gelé : une quatrième année consécutive sans revalorisation générale, après un gel qui dure déjà depuis juillet 2023. Les deux précédentes revalorisations remontent à juillet 2022 (+3,5 %) et juillet 2023 (+1,5 %), dans un contexte d’inflation alors nettement plus élevée qu’aujourd’hui.

Date Évolution du point d’indice
Juillet 2022 + 3,5 %
Juillet 2023 + 1,5 %
2024 Gel
2025 Gel
2026 Gel
2027 (prévu) Gel, selon les annonces du gouvernement

« Depuis 2017, les fonctionnaires ont déjà perdu plus de 16 % de pouvoir d’achat. »

Sophie Binet, secrétaire générale de la CGT

Ce chiffre de perte de pouvoir d’achat, avancé par la CGT, n’est pas isolé : les organisations syndicales rappellent également qu’en 2023, la rémunération nette moyenne des agents publics avait reculé de 0,9 % en euros constants, selon des données citées par plusieurs fédérations. Ces chiffres, portés par une organisation partie prenante du conflit, méritent d’être lus comme des éléments de plaidoyer syndical plutôt que comme une statistique officielle indépendante, même s’ils s’appuient sur des données de rémunération réelles.

À vérifier

Le chiffre de « plus de 16 % de pouvoir d’achat perdu depuis 2017 » est une estimation syndicale, calculée en comparant l’évolution du point d’indice à celle de l’inflation sur la période. Aucun organisme statistique indépendant n’a publié, au moment de la rédaction de cet article, une évaluation consolidée équivalente portant spécifiquement sur cette période et cette méthode de calcul. Les lecteurs intéressés par le détail de ce calcul peuvent se référer aux publications syndicales elles-mêmes, citées en source dans cet article.

Les autres revendications des syndicats

Au-delà du point d’indice, l’intersyndicale porte une liste de revendications plus large. Elle réclame en premier lieu le rétablissement de la GIPA, la garantie individuelle du pouvoir d’achat, un dispositif qui verse une indemnité aux agents dont la rémunération a progressé moins vite que l’inflation sur une période donnée, et dont l’application avait été restreinte ces dernières années. S’y ajoutent des demandes sur l’égalité salariale entre femmes et hommes dans la fonction publique, où des écarts documentés persistent malgré plusieurs plans d’action successifs, ainsi que sur l’amélioration des conditions de travail, un sujet devenu central depuis les vagues de démissions et d’arrêts maladie observées dans plusieurs secteurs, notamment hospitalier, ces dernières années.

Les fédérations de l’Éducation nationale insistent en particulier sur la revalorisation salariale des enseignants et sur les conditions d’exercice, tandis que les syndicats hospitaliers mettent en avant la question des effectifs et de l’attractivité des métiers du soin, un sujet récurrent depuis la crise sanitaire.

Quels services seront perturbés le 29 septembre

Sur le terrain, plusieurs types de perturbations sont d’ores et déjà anticipés, secteur par secteur. Dans l’éducation, des fermetures ou des services d’accueil réduits sont possibles dans les écoles, collèges et lycées, la situation variant fortement d’un établissement à l’autre selon le taux de grévistes déclaré. Dans les administrations, les guichets de mairies, de préfectures et de services fiscaux pourraient fonctionner au ralenti, avec des délais d’attente allongés. Dans les hôpitaux publics, la continuité des soins urgents reste garantie par le service minimum obligatoire, mais des consultations et interventions non urgentes pourraient être reportées, comme c’est systématiquement le cas lors de ce type de mobilisation.

Salle de classe vide, photo d'illustration
Des fermetures ou des services d’accueil réduits sont annoncés dans certains établissements scolaires. Photo : Belem Aziz / Pexels

Concernant les transports, la situation est moins tranchée à ce stade. Selon les informations disponibles à la date de publication de cet article, la mobilisation n’est pas confirmée comme touchant les trains SNCF grandes lignes ou le trafic aérien, ces secteurs n’étant pas identifiés parmi les premiers concernés par les préavis déposés pour le 29 septembre. Une incertitude demeure toutefois sur une partie du réseau RATP en Île-de-France. Les voyageurs prudents ont intérêt à consulter les prévisions de trafic 24 à 48 heures avant leur déplacement, les préavis pouvant encore évoluer d’ici la date de mobilisation.

Personnel hospitalier dans un couloir, photo d'illustration
Dans les hôpitaux publics, les urgences restent assurées ; des consultations non urgentes pourraient être reportées. Photo : Max Mishin / Pexels

Mise en garde

Cet article est publié avant la journée de mobilisation du 29 septembre 2026. Les chiffres de participation, le taux de grévistes réellement constaté et l’ampleur exacte des perturbations ne seront connus que le jour même, voire dans les heures suivantes. Les informations pratiques ci-dessus reflètent les annonces syndicales et les préavis connus à la date de publication ; elles sont susceptibles d’évoluer.

Ce que répond le gouvernement Lecornu

Le gouvernement justifie le gel du point d’indice par l’état des finances publiques et l’objectif de redressement budgétaire affiché pour 2027. Sébastien Lecornu a confirmé cette orientation en indiquant que le point d’indice des fonctionnaires serait gelé en 2027, une mesure présentée comme l’une des économies structurelles du budget, aux côtés d’autres pistes déjà documentées ces dernières semaines, comme le gel des dépenses de plusieurs ministères. En parallèle, le gouvernement met en avant des gestes ciblés sur d’autres leviers, comme une possible baisse des indemnités des membres du gouvernement, présentée comme un signal de partage de l’effort, même si son poids reste marginal comparé aux 2 milliards d’euros d’économies recherchés sur la seule masse salariale publique.

Le gouvernement met également en avant des mesures ciblées sur la progression de carrière et l’expérience professionnelle, qui concerneraient plus de 30 000 agents de la fonction publique d’État chaque année, pour tenter de nuancer le message d’un gel généralisé. Les syndicats rétorquent que ces dispositifs, réels, ne concernent qu’une minorité d’agents et ne compensent en rien l’absence de revalorisation générale pour l’ensemble des 5,9 millions de fonctionnaires.

Un climat social déjà sous tension

La mobilisation du 29 septembre ne surgit pas dans un contexte neutre. Elle intervient moins de trois semaines après la journée de mobilisation dite « Bloquons tout » du 10 septembre 2026, un mouvement né sur les réseaux sociaux et coordonné de façon décentralisée, sans direction syndicale unique, qui avait rassemblé entre 175 000 personnes selon le ministère de l’Intérieur et 250 000 selon la CGT, avec plus de 800 actions recensées sur le territoire, rassemblements et blocages confondus. Cette mobilisation s’était cristallisée autour du rejet du plan d’économies budgétaires jugé trop austère, dans la foulée de la nomination de Sébastien Lecornu à Matignon.

Le précédent de l’automne 2025 donne également une idée de l’ampleur que peuvent atteindre ce type de mobilisations dans la fonction publique : le 2 octobre 2025, une journée d’action contre l’austérité budgétaire avait réuni, selon les chiffres alors communiqués, entre 195 000 personnes selon le ministère de l’Intérieur et près de 600 000 selon la CGT, en baisse par rapport à une précédente mobilisation du 18 septembre 2025. Ces écarts récurrents entre les chiffres de la police et ceux des organisateurs sont une constante de ce type d’événement en France, et il conviendra d’observer si le même écart se reproduit le 29 septembre 2026.

Date Mobilisation Chiffre ministère de l’Intérieur Chiffre CGT / organisateurs
18 septembre 2025 Journée d’action contre l’austérité budgétaire Non repris dans cet article Non repris dans cet article
2 octobre 2025 Journée d’action contre l’austérité budgétaire 195 000 Près de 600 000
10 septembre 2026 « Bloquons tout » 175 000 250 000
29 septembre 2026 Grève fonction publique, point d’indice Inconnu à ce jour Inconnu à ce jour

Ce que le gel représente concrètement pour un agent

Pour un agent public, l’effet du gel du point d’indice se mesure d’abord dans la durée. Un fonctionnaire dont le traitement de base n’a pas évolué depuis juillet 2023 voit mécaniquement son pouvoir d’achat s’éroder à mesure que les prix augmentent, même modestement, chaque année. Les avancements d’échelon, propres à la carrière de chaque agent, permettent certes des hausses individuelles, mais ils ne remplacent pas une revalorisation générale du point, qui bénéficie à tous les agents indépendamment de leur ancienneté ou de leur grade.

C’est précisément ce mécanisme que visait la GIPA, la garantie individuelle du pouvoir d’achat, en versant une compensation aux agents dont le traitement indiciaire a progressé moins vite que l’inflation sur quatre ans. Sa remise en cause ou sa restriction, dénoncée par les syndicats, prive une partie des agents concernés d’un filet de sécurité qui existait précisément pour ce type de situation, celle d’un point d’indice durablement gelé.

Vos droits si vous voyagez ou avez un rendez-vous ce jour-là

Si vous avez prévu un déplacement en train le 29 septembre 2026, la SNCF applique en principe les règles habituelles en cas de perturbation liée à un mouvement social confirmé : remboursement intégral des billets pour les trains supprimés, sous réserve d’annulation avant le départ, et information sur les horaires maintenus généralement communiquée 24 à 48 heures à l’avance. Pour les vols, en l’absence de grève confirmée dans le secteur aérien à la date de publication de cet article, aucune perturbation spécifique n’est à anticiper à ce stade, mais il reste prudent de vérifier l’état du trafic auprès de sa compagnie avant de se déplacer. Notez que l’indemnisation forfaitaire pour les passagers aériens (de l’ordre de 250 à 600 euros selon la distance du vol) ne s’applique qu’en cas de grève des personnels de la compagnie elle-même, pas en cas de perturbations externes.

Si vous avez rendez-vous dans un service public ce jour-là, mairie, préfecture, caisse d’allocations familiales ou consultation médicale non urgente, il est recommandé de vérifier au préalable, par téléphone ou en ligne, que le rendez-vous est maintenu, les administrations pouvant réorganiser leurs plannings en fonction du taux de grévistes constaté sur place.

Station de métro parisienne avec voyageurs
Une incertitude demeure sur une partie du trafic RATP en Île-de-France ; le trafic SNCF grandes lignes n’est pas identifié comme concerné à ce stade. Photo : Artūras Kokorevas / Pexels

Questions fréquentes

Le 29 septembre 2026 est-il un jour de grève générale ?

Non, au sens strict. Il s’agit d’un appel intersyndical unitaire ciblé sur la fonction publique (État, territoriale, hospitalière), pas d’un appel interprofessionnel couvrant l’ensemble des salariés du privé, même si certaines fédérations du privé peuvent, localement, s’y associer.

Les écoles seront-elles toutes fermées ?

Non. La fermeture dépend du taux de grévistes dans chaque établissement, apprécié établissement par établissement par les autorités académiques. Un service d’accueil minimum peut être organisé dans certaines écoles, notamment primaires, en fonction des textes en vigueur.

Les trains vont-ils être annulés ?

À la date de publication de cet article, aucun préavis identifié ne concerne spécifiquement les trains SNCF grandes lignes pour cette date. La situation peut toutefois évoluer d’ici le 29 septembre ; il est conseillé de vérifier les prévisions de trafic dans les jours précédant votre déplacement.

Pourquoi le point d’indice est-il si important ?

Parce qu’il détermine, par un simple calcul multiplicatif avec l’indice majoré de chaque agent, le traitement brut de tous les fonctionnaires. C’est le seul levier de revalorisation générale et immédiate des salaires dans la fonction publique, à la différence des primes ou des avancements individuels.

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