Le vendredi 25 septembre 2026, dès la première journée de sa visite en France, le pape Léon XIV a choisi de monter à la tribune de l’Unesco, à Paris, pour un discours entièrement construit autour d’un seul sujet : l’intelligence artificielle. Devant les représentants des États membres de l’organisation, réunis au siège du 7e arrondissement, le pontife américain a mis en garde contre l’avènement d’un « paradis de machines » qui menacerait, selon lui, la dignité humaine. Ce texte n’était pas improvisé : il prolonge une encyclique publiée quatre mois plus tôt, Magnifica Humanitas, et il ne s’était pas produit depuis 46 ans qu’un pape ne soit monté à cette même tribune, en la personne de Jean-Paul II, en 1980. Voici ce que Léon XIV a réellement dit sur l’IA, comment ce discours s’inscrit dans la doctrine qu’il construit depuis son élection, et les points qui appellent encore vérification.
- Un pape attendu sur un sujet qu’il a fait sien
- Ce que Léon XIV a dit sur l’intelligence artificielle
- Babel ou Pentecôte : la métaphore centrale du discours
- Protéger les enfants et les adolescents face au numérique
- Magnifica Humanitas : l’encyclique qui avait préparé le terrain
- 1980, 2026 : le fil qui relie Jean-Paul II et Léon XIV
- Comment le discours a été reçu à l’Unesco et au-delà
- Une chronologie d’un an de prises de position sur l’IA
- Ce que cela peut changer concrètement
- Ce qui reste à vérifier
- Questions fréquentes
Un pape attendu sur un sujet qu’il a fait sien
L’étape parisienne du voyage de Léon XIV s’est ouverte par un rendez-vous inhabituel pour une visite pontificale. Avant les lieux de culte, avant même les autorités politiques reçues à l’Élysée, le pape s’est rendu au siège de l’Unesco, où il a été accueilli par le directeur général de l’organisation, l’Égyptien Khaled El-Enany, élu à ce poste en 2025 et devenu à cette occasion le premier Arabe et le deuxième Africain à diriger l’institution. Selon Vatican News, ce discours constitue le second jamais prononcé par un pape à la tribune de l’Unesco depuis celui de Jean-Paul II, en 1980, ce qui donne à l’évènement un poids symbolique rare.
La salle réunissait des représentants gouvernementaux, des responsables d’organisations internationales, des universitaires et des membres de la société civile. Dans son intervention avant le discours du pape, la directrice générale adjointe de l’Unesco, Åsa Regnér, a estimé que cette visite « arrive à point nommé », l’organisation faisant face selon elle à plusieurs crises simultanées : changement climatique, inégalités persistantes, multiplication des conflits armés et développement technologique rapide, porteur de questions éthiques inédites.
Ce que Léon XIV a dit sur l’intelligence artificielle
Le cœur du discours a porté sur la place que l’intelligence artificielle est en train de prendre dans la vie quotidienne. Léon XIV a d’abord posé un constat : à mesure que l’on prête à ces systèmes des attributs d’intelligence, on peine à reconnaître la dignité inaliénable des personnes humaines, jugées de plus en plus à l’aune de leur seule productivité. Il a ensuite rappelé une limite technique et philosophique que la course à l’IA tend, selon lui, à faire oublier : ces systèmes « peuvent traiter des données et établir des corrélations », mais ils ne répondent à aucune question existentielle, car « les êtres humains ne peuvent vivre sans sens ».
« Pour ne pas perdre notre humanité au milieu du « paradis de machines » qui envahissent et conditionnent notre quotidien, il est urgent de former les esprits à un discernement éthique. »
Léon XIV, discours à l’Unesco, 25 septembre 2026
Selon plusieurs médias présents, dont Noovo Info, cette formule reprend une image déjà utilisée par l’écrivain français Georges Bernanos pour critiquer l’obsession industrielle de l’efficacité, que Léon XIV a réactivée pour parler de l’IA. Le pape a complété son propos par un avertissement sur la liberté : une société authentiquement libre n’impose pas l’uniformité, mais protège la diversité des consciences, en prévenant les dérives autoritaires et en favorisant un dialogue éthique entre concepteurs, régulateurs et citoyens.

Babel ou Pentecôte : la métaphore centrale du discours
Pour situer son propos, Léon XIV a également cité le préambule de l’acte constitutif de l’Unesco, selon lequel « les guerres prenant naissance dans l’esprit des hommes, c’est dans l’esprit des hommes que doivent être élevées les défenses de la paix ». Il a filé cette idée à travers une image biblique devenue, au fil de ses interventions depuis son élection, une sorte de marque de fabrique intellectuelle : celle de Babel opposée à la Pentecôte. Babel, dans son propos, représente une unité imposée par la domination, une uniformisation qui écrase les différences. La Pentecôte, à l’inverse, symbolise une harmonie qui n’efface pas la diversité des langues et des points de vue mais la fait dialoguer.
Une lecture appliquée à la régulation de l’IA
Transposée au débat sur l’intelligence artificielle, cette opposition permet à Léon XIV de récuser deux tentations à la fois : celle d’une IA totalement dérégulée, livrée à la loi du plus fort technologique et économique, et celle d’une gouvernance centralisée qui imposerait une seule vision du bien commun à l’ensemble de la planète. Le pape défend une troisième voie, plus exigeante à mettre en œuvre : des cadres éthiques partagés, discutés collectivement, plutôt que décidés par une poignée d’acteurs, qu’il s’agisse d’États ou d’entreprises.
| Modèle | Principe | Risque identifié par le pape |
|---|---|---|
| Babel | Unité imposée par la domination | Uniformisation, perte de la diversité des consciences |
| Pentecôte | Harmonie dans la diversité | Nécessite un dialogue éthique exigeant, plus lent qu’une norme imposée |
Protéger les enfants et les adolescents face au numérique
Une partie substantielle du discours a été consacrée à l’éducation et à la jeunesse. Léon XIV a affirmé qu’aucune éducation n’est complète si elle ne parle pas de la question du sens, posant une interrogation qu’il considère comme le point de départ de toute réflexion sur l’IA : qu’est-ce que cela signifie d’être humain ? Il a ensuite exhorté la communauté internationale à protéger « les enfants et les jeunes » face aux technologies numériques, affirmant que leur essor doit « soutenir leur croissance » et « préserver leur liberté de penser et de discerner », sans que leur vulnérabilité ne devienne, selon ses mots, un prétexte à l’exploitation commerciale ou politique.
À retenir
Le pape ne condamne pas l’intelligence artificielle en tant que telle. Il conteste l’idée qu’elle puisse être neutre, et demande que son développement soit soumis à un discernement éthique collectif, avec une attention particulière portée aux plus jeunes utilisateurs, jugés les plus exposés à une exploitation de leurs données et de leur attention.

Magnifica Humanitas : l’encyclique qui avait préparé le terrain
Le discours de l’Unesco n’est pas un texte isolé. Il prolonge directement la première encyclique de Léon XIV, Magnifica Humanitas, publiée le 15 mai 2026 et consacrée entièrement à l’intelligence artificielle, à l’occasion du 135e anniversaire de Rerum Novarum, l’encyclique sociale de Léon XIII qui avait, en 1891, posé les bases de la doctrine sociale de l’Église face à la révolution industrielle. Le choix de cette date n’est pas anodin : Léon XIV établit ainsi un parallèle assumé entre la révolution industrielle du XIXe siècle et la révolution algorithmique du XXIe.
| Thèse | Contenu résumé |
|---|---|
| L’IA n’est pas neutre | La technologie « prend le visage de ceux qui la conçoivent, la financent, la régulent et l’utilisent » |
| Dignité humaine | La personne ne doit jamais être réduite à « une ressource à utiliser et à exploiter » |
| Désarmer l’IA | Il faut la soustraire à « la logique de la compétition militaire, économique et cognitive » |
| Guerre juste dépassée | « Aucun algorithme ne peut rendre la guerre moralement acceptable » |
| Code éthique partagé | Une IA plus morale ne sert à rien si cette morale est décidée par une poignée de personnes |
| L’humain et sa limite | L’être humain « s’épanouit souvent à travers la limite », non malgré elle |
L’un des passages les plus commentés de l’encyclique porte sur la conduite de la guerre assistée par des systèmes automatisés. En affirmant qu’aucun algorithme ne peut rendre un conflit moralement acceptable, Léon XIV prend position dans un débat déjà vif chez les spécialistes de l’éthique militaire, celui de l’usage de systèmes d’armes autonomes ou d’aide à la décision reposant sur l’IA, sans toutefois entrer dans le détail technique de ces systèmes lors de son discours parisien.
1980, 2026 : le fil qui relie Jean-Paul II et Léon XIV
La comparaison avec Jean-Paul II n’est pas qu’une curiosité chronologique. Le 2 juin 1980, le pape polonais, lui-même issu d’un pays alors sous domination soviétique, avait défendu à cette même tribune le rôle de la culture dans la dignité humaine et la survie des nations, affirmant que « l’homme vit d’une vie vraiment humaine grâce à la culture ». Ses mises en garde visaient alors le matérialisme communiste et le matérialisme pratique des sociétés de consommation, deux idéologies qui réduisaient, selon lui, l’existence humaine à sa seule dimension matérielle.
| Jean-Paul II, 1980 | Léon XIV, 2026 | |
|---|---|---|
| Contexte géopolitique | Guerre froide, bloc communiste | Course mondiale à l’intelligence artificielle |
| Adversaire désigné | Matérialisme communiste et matérialisme pratique | Réduction de l’humain à sa productivité par les machines |
| Idée centrale | La culture rend l’homme « plus pleinement humain » | Le sens ne peut être délégué à une machine |
Quarante-six ans plus tard, l’adversaire idéologique a changé de nature, mais la structure de l’argument reste, selon plusieurs analystes religieux, étonnamment proche : défendre la personne humaine et sa dimension transcendante contre des visions réductrices du monde, qu’elles soient politiques ou, aujourd’hui, technologiques. C’est l’analyse que développe notamment Aleteia, qui a publié une comparaison détaillée des deux discours avant même la visite de Léon XIV.
Comment le discours a été reçu à l’Unesco et au-delà
Dans la salle, l’intervention de Léon XIV a été accueillie par une écoute attentive, selon les comptes rendus de plusieurs médias accrédités. Åsa Regnér a salué, avant même le discours, la contribution de l’encyclique Magnifica Humanitas, estimant qu’elle avait « soulevé des questions pertinentes auprès des jeunes générations ».
« Cette visite arrive à point nommé. »
Åsa Regnér, directrice générale adjointe de l’Unesco
Au-delà de l’enceinte de l’Unesco, la presse française et internationale a largement repris la formule du « paradis de machines », devenue le titre le plus fréquent des comptes rendus de la journée. Selon Vatican News, le discours a été salué dans plusieurs cercles diplomatiques comme une contribution utile au débat sur la gouvernance de l’intelligence artificielle, débat dans lequel l’Unesco a déjà adopté des textes de recommandation, sans disposer d’un pouvoir contraignant comparable à celui de l’Union européenne.

Une chronologie d’un an de prises de position sur l’IA
Le discours du 25 septembre 2026 s’inscrit dans une séquence cohérente, construite depuis l’élection de Léon XIV en mai 2025. Le tableau ci-dessous en résume les principales étapes publiques, telles que documentées par le Vatican et la presse spécialisée.
| Date | Étape |
|---|---|
| Mai 2025 | Élection de Léon XIV, premier pape né aux États-Unis |
| 15 mai 2026 | Publication de l’encyclique Magnifica Humanitas, consacrée à l’IA |
| 25 septembre 2026 | Discours à l’Unesco, à Paris, sur l’intelligence artificielle |
Cette continuité distingue la démarche de Léon XIV de simples déclarations ponctuelles. En reliant un texte doctrinal de référence à une intervention internationale de premier plan, le pape installe l’intelligence artificielle comme l’un des marqueurs de son pontificat, à la manière dont son prédécesseur avait fait de l’écologie l’un des siens avec Laudato si’.
Ce que cela peut changer concrètement
Un discours pontifical à l’Unesco n’a, en lui-même, aucune valeur contraignante. Il ne modifie ni le règlement européen sur l’intelligence artificielle, connu sous le nom d’AI Act, ni les négociations en cours aux Nations unies sur une éventuelle gouvernance mondiale de ces technologies. Sa portée est d’ordre moral et d’influence, dans un contexte où plusieurs gouvernements citent régulièrement la voix du Vatican comme un repère éthique dans les négociations internationales sur le numérique.
Plusieurs observateurs notent que le Vatican tente ainsi de peser sur un débat où il ne dispose d’aucun levier réglementaire, en misant sur la force symbolique de la parole pontificale et sur le réseau diplomatique du Saint-Siège, qui entretient des relations avec la quasi-totalité des États membres de l’Unesco. Le pape a par ailleurs annoncé, selon plusieurs comptes rendus de la journée, la tenue prochaine d’échanges plus techniques entre le Vatican et des experts de l’IA, sans toutefois donner de calendrier précis à ce stade.
Pourquoi cela concerne la France
Le choix de Paris, siège de l’Unesco, pour ce discours n’est pas neutre pour la diplomatie française, qui a fait de la régulation de l’intelligence artificielle l’un des axes de sa politique étrangère depuis le sommet pour l’action sur l’IA organisé à Paris en février 2025. La prise de parole de Léon XIV vient s’ajouter à ce narratif, sans que l’Élysée n’ait pour autant commenté publiquement le contenu du discours à l’issue de la rencontre avec le pape.
Ce qui reste à vérifier
À vérifier
Le texte intégral et officiel du discours, dans sa traduction française certifiée par le Saint-Siège, n’était pas encore disponible sur le site du Vatican au moment de la rédaction de cet article : les citations reprises ici proviennent de comptes rendus concordants de Vatican News et de plusieurs agences de presse, mais pourraient être ajustées à la marge lorsque la version officielle sera publiée. De même, le nombre exact de personnes présentes dans la salle de l’Unesco n’a pas été communiqué de façon précise par l’organisation.
Par ailleurs, la formule sur le « paradis de machines » est largement reprise comme une citation directe du pape par les médias francophones consultés pour cet article, mais son attribution exacte à Georges Bernanos, évoquée par certains commentateurs, mériterait d’être confirmée par une lecture complète et sourcée du discours, au delà des extraits diffusés le jour même.
Questions fréquentes
Qu’est-ce que l’encyclique Magnifica Humanitas ?
C’est la première encyclique de Léon XIV, publiée le 15 mai 2026, entièrement consacrée aux enjeux éthiques posés par l’intelligence artificielle, à l’occasion du 135e anniversaire de Rerum Novarum.
Pourquoi le pape s’exprime-t-il sur l’intelligence artificielle ?
Léon XIV en a fait l’un des marqueurs de son pontificat depuis son élection en mai 2025, estimant que la question de la dignité humaine face aux machines rejoint directement la mission de l’Église.
Est-ce la première fois qu’un pape s’exprime à l’Unesco ?
Non. Selon Vatican News, il s’agit du deuxième discours prononcé par un pape à cette tribune, après celui de Jean-Paul II en 1980.
Qui dirige l’Unesco aujourd’hui ?
L’Égyptien Khaled El-Enany, élu directeur général en 2025, en remplacement de la Française Audrey Azoulay.
La suite du voyage de Léon XIV en France, avec l’étape de Lourdes puis celle de Metz, permettra de vérifier si cette insistance sur l’intelligence artificielle se prolonge dans d’autres interventions, ou si elle restera l’un des temps forts isolés de cette visite. D’ici là, sur les questions numériques suivies par la rédaction, deux articles permettent d’aller plus loin : notre décryptage de l’AI Act européen et notre suivi du procès intenté à Meta sur la protection des mineurs en ligne.
Thomas Vasseur traite l’actualité sportive française et internationale, ainsi que le numérique, l’intelligence artificielle et leurs enjeux de régulation. Il s’intéresse autant aux résultats qu’aux modèles économiques et aux cadres juridiques qui structurent ces deux secteurs.

