Centrale nucléaire avec tours de refroidissement et pylônes électriques

EPR de Flamanville : le réacteur le plus puissant de France de nouveau à l’arrêt

L’EPR de Flamanville, réacteur le plus puissant de France avec 1 650 mégawatts, est de nouveau à l’arrêt. EDF a stoppé la tranche le 16 juillet 2026 pour mener des contrôles complémentaires, un peu plus de sept mois seulement après lui avoir fait atteindre sa pleine puissance. L’exploitant vise un redémarrage le 26 juillet, soit un arrêt d’au moins dix jours, mais l’historique du réacteur invite à la prudence. Derrière cet énième aléa se joue une question plus large : la capacité de la France à fiabiliser un outil industriel qui a coûté, selon la Cour des comptes, près de 23,7 milliards d’euros et accumulé douze ans de retard, au moment même où le pays s’apprête à lancer six réacteurs de nouvelle génération.

1 650 MWPuissance brute du réacteur
23,7 Mds EURCoût total selon la Cour des comptes
12 ansDe retard sur le calendrier initial

Un arrêt de plus après une mise en service laborieuse

Pour l’EPR de Flamanville, la normalité se fait toujours attendre. Raccordé au réseau électrique le 21 décembre 2024 avec douze ans de retard sur le calendrier promis à l’origine, le réacteur normand n’a atteint sa puissance nominale de 100 % que le 14 décembre 2025. Autrement dit, il aura fallu presque un an après le premier couplage pour que la tranche fonctionne enfin à plein régime. À peine ce cap franchi, la machine a de nouveau montré ses fragilités. L’arrêt décidé le 16 juillet 2026 s’inscrit dans une série d’incidents qui, depuis la mise en service, ont plus souvent tenu le réacteur à l’écart du réseau qu’à pleine charge.

Ce contexte pèse sur la crédibilité d’un projet devenu, au fil des années, le symbole des difficultés de l’industrie nucléaire française à livrer dans les temps et dans les budgets. Chaque arrêt non programmé relance le même débat : la France peut-elle compter sur cet outil pour sécuriser sa production d’électricité décarbonée, alors qu’elle mise sur l’atome pour tenir ses objectifs climatiques et son indépendance énergétique ? La réponse se jouera moins sur cet incident précis que sur la capacité d’EDF à stabiliser durablement le fonctionnement de la tranche.

Ce qui a déclenché l’arrêt du 16 juillet

Selon les informations rapportées par la presse économique, EDF a mis le réacteur à l’arrêt le jeudi 16 juillet 2026 vers 16 heures afin de procéder à des contrôles complémentaires. Ces vérifications porteraient sur deux des quatre groupes motopompes primaires, des équipements installés dans le bâtiment réacteur qui assurent la circulation de l’eau dans le circuit primaire, c’est-à-dire le cœur du système de refroidissement. L’exploitant a présenté l’opération comme une mesure de précaution et non comme la conséquence d’un incident de sûreté déclaré.

Centrale nucléaire dont les tours de refroidissement dégagent de la vapeur
Les tours de refroidissement d’une centrale nucléaire, photo d’illustration. Photo : Wolfgang Weiser / Pexels

Les groupes motopompes primaires font partie des composants les plus sensibles d’une centrale : ils garantissent que l’eau sous pression circule en permanence pour évacuer la chaleur produite par la réaction nucléaire. Toute anomalie sur ces pompes justifie donc une vigilance particulière, même lorsqu’elle ne présente pas de danger immédiat. À ce stade, EDF n’a pas rendu public le détail technique précis des contrôles, et le nombre exact de pompes concernées reste à confirmer auprès de l’exploitant. C’est l’une des zones d’ombre de ce dossier, sur laquelle la communication officielle est restée mesurée.

Le chantier de Flamanville 3 restera dans l’histoire industrielle française comme l’exemple d’un projet dont le coût a été multiplié par près de six et la durée par deux.

Synthèse, d’après le rapport de la Cour des comptes de janvier 2025

Un redémarrage annoncé, un calendrier fragile

D’après le site internet d’EDF, qui publie les prévisions de disponibilité de ses tranches, le redémarrage du réacteur était programmé pour le 26 juillet 2026 au soir. Cela porterait la durée de l’arrêt à une dizaine de jours. Mais l’expérience récente incite à la plus grande prudence sur ces dates : la plupart des coupures inopinées survenues depuis la mise en service se sont prolongées au-delà des prévisions initiales. Une date de retour affichée n’a donc, sur ce réacteur, jamais eu valeur de garantie.

La question du calendrier n’est pas anodine. Elle conditionne la production d’électricité attendue pendant l’été, mais aussi la crédibilité d’EDF à l’approche d’une échéance bien plus lourde : la première grande visite du réacteur, prévue pour l’automne. Chaque semaine gagnée ou perdue sur ce petit arrêt de juillet se lit comme un indicateur avancé de la capacité de l’exploitant à tenir des délais sur des opérations autrement plus complexes. Le redémarrage effectif, sa date réelle et son éventuel report font partie des points à vérifier dans les jours qui viennent.

Douze ans de retard : la chronologie

Pour comprendre la nervosité qui entoure chaque incident, il faut se souvenir du chemin parcouru. Lancé au milieu des années 2000, le chantier devait initialement s’achever autour de 2012. Il aura fallu attendre la fin 2024 pour voir les premiers électrons injectés dans le réseau. Le tableau ci-dessous retrace les principales étapes du réacteur depuis son raccordement, ainsi que les rendez-vous à venir.

Date Étape
2007 Début du chantier, devis initial de 3,3 milliards d’euros
21 décembre 2024 Raccordement au réseau électrique, douze ans après l’objectif initial
Mars 2025 Premier arrêt lié à des aléas sur la partie turbine
Juin 2025 Nouvel arrêt après une fuite sur des soupapes, étalé sur environ quatre mois
14 décembre 2025 Le réacteur atteint sa pleine puissance de 100 %
16 juin 2026 Arrivée sur site du nouveau couvercle de cuve
16 juillet 2026 Mise à l’arrêt pour contrôles sur les groupes motopompes primaires
26 juillet 2026 Redémarrage visé par EDF (à confirmer)
26 septembre 2026 Début de la première visite complète, arrêt d’environ 350 jours

La facture, du devis initial aux milliards

Le coût de Flamanville 3 est l’un des aspects les plus commentés du dossier, et l’un des plus sensibles politiquement. Le devis annoncé à l’origine, autour de 3,3 milliards d’euros, a été largement dépassé. Dans un rapport publié en janvier 2025, la Cour des comptes a chiffré le coût de construction à environ 20,4 milliards d’euros en euros constants de 2015, une somme qui atteint près de 23,7 milliards une fois actualisée en euros de 2023 et charges financières comprises. Selon les périmètres retenus, plusieurs chiffres circulent donc, ce qui explique les écarts que l’on retrouve d’une source à l’autre.

Tours de refroidissement d'une centrale nucléaire sous un ciel bleu
Une centrale nucléaire sous un ciel dégagé, photo d’illustration. Photo : Rob / Pexels

Ces divergences ne relèvent pas de l’approximation, mais de conventions comptables différentes : euros courants ou constants, avec ou sans frais financiers liés aux années de retard. Pour le lecteur, l’essentiel tient dans l’ordre de grandeur : la facture finale représente plusieurs fois le devis initial. Le tableau suivant résume les principales estimations, en précisant à chaque fois la base retenue.

Estimation Montant Base
Devis initial (2007) 3,3 milliards EUR Euros courants
Coût de construction annoncé par EDF de l’ordre de 13 milliards EUR Euros 2015 (à confirmer selon périmètre)
Cour des comptes (estimation 2020) 19,1 milliards EUR Euros constants
Cour des comptes (rapport 2025) 20,4 milliards EUR Euros constants 2015
Cour des comptes (rapport 2025) 23,7 milliards EUR Euros 2023, charges financières comprises

Au-delà du montant, la Cour des comptes a surtout pointé une rentabilité incertaine et une gouvernance de projet défaillante. Ces conclusions pèsent aujourd’hui dans le débat sur le nouveau programme nucléaire, chaque arrêt de Flamanville venant rappeler le prix de l’apprentissage industriel consenti sur ce réacteur pionnier.

Le couvercle de cuve, l’anomalie du chantier

Parmi les épisodes qui ont marqué l’histoire de Flamanville, l’affaire du couvercle de cuve occupe une place à part. Fin 2014, l’autorité de sûreté avait mis en évidence une anomalie de fabrication sur le couvercle et le fond de la cuve du réacteur, liée à une concentration excessive de carbone dans l’acier, ce que les spécialistes appellent des ségrégations carbone. Cette caractéristique peut, en théorie, fragiliser le métal. Après analyse, l’exploitation avait été autorisée à titre transitoire, à la condition expresse de remplacer le couvercle dans un délai défini.

Ce remplacement est désormais engagé. Le nouveau couvercle, fabriqué par Framatome dans son usine de Saint-Marcel, en Saône-et-Loire, est arrivé sur le site de Flamanville le 16 juin 2026. Son installation constitue l’un des chantiers phares de la première grande visite du réacteur. L’opération sera scrutée de près, car elle solde un dossier ouvert depuis plus de dix ans et symbolise le passage du réacteur d’un statut dérogatoire à une exploitation pleinement conforme aux exigences de l’ASNR, l’autorité issue en 2025 de la fusion entre l’ancienne Autorité de sûreté nucléaire et l’institut de radioprotection.

À retenir

L’arrêt du 16 juillet est présenté comme une opération de contrôle, sans incident de sûreté déclaré. Il précède une échéance bien plus lourde : à partir du 26 septembre, le réacteur sera stoppé pendant environ 350 jours pour sa première visite complète, au cours de laquelle le couvercle de cuve sera remplacé et le combustible renouvelé.

La visite complète de septembre : 350 jours d’arrêt

La véritable épreuve attend EDF à l’automne. À compter du 26 septembre 2026, le réacteur doit entrer dans sa première visite complète, un arrêt programmé d’une ampleur inédite pour cette tranche. Sa durée annoncée, de l’ordre de 350 jours, en dit long sur le nombre d’opérations à mener : renouvellement du combustible, batterie de contrôles réglementaires et, surtout, remplacement du fameux couvercle de cuve. Pendant près d’un an, le réacteur le plus puissant du parc français sera donc totalement absent de la production.

Silhouettes de tours de refroidissement près d'une rivière au crépuscule
Silhouettes de tours de refroidissement au crépuscule, photo d’illustration. Photo : K / Pexels

Cette longue immobilisation n’a rien d’anormal sur le principe : les grands arrêts pour maintenance et rechargement rythment la vie de toute centrale nucléaire. Sa durée, en revanche, traduit l’ampleur des travaux spécifiques à un réacteur de tête de série, qui doit encore solder des chantiers hérités de sa construction. Pour EDF, l’enjeu est double : réussir techniquement ces opérations complexes et respecter le calendrier annoncé, afin de ne pas alourdir davantage le bilan d’un projet déjà scruté de toutes parts.

Ce que l’arrêt change pour le système électrique

Faut-il s’inquiéter pour l’approvisionnement en électricité ? À court terme, l’arrêt de juillet reste marginal à l’échelle du système. Avec ses 1 650 mégawatts, l’EPR représente une puissance considérable, mais le parc nucléaire français compte de nombreux autres réacteurs, et la période estivale se caractérise par une demande d’électricité plus basse qu’en hiver. L’indisponibilité ponctuelle d’une tranche, même la plus puissante, ne met donc pas en tension le réseau au cœur de l’été.

La question se poserait différemment lors de la visite complète, si elle devait se prolonger au-delà de la belle saison et empiéter sur la période hivernale, quand la consommation grimpe. Pour le consommateur, l’effet direct sur la facture reste toutefois indirect et diffus : le prix de l’électricité dépend de multiples facteurs, du marché européen aux tarifs régulés, et non de la disponibilité d’un seul réacteur. Les incidents de Flamanville pèsent surtout sur les comptes d’EDF et sur la trajectoire industrielle du groupe, davantage que sur le montant payé chaque mois par les ménages.

Flamanville, galop d’essai du programme EPR2

L’attention portée au moindre soubresaut de Flamanville s’explique aussi par ce qui vient après. La France a engagé la construction de six réacteurs de nouvelle génération, les EPR2, présentés comme une version simplifiée et industrialisée de la technologie éprouvée à Flamanville. Ces réacteurs doivent être bâtis par paires sur des sites existants. Le tableau ci-dessous récapitule les implantations prévues et les grands repères de calendrier communiqués à ce jour.

Paire de réacteurs Site Repères
Première paire Penly (Seine-Maritime) Travaux visés vers 2029, mise en service espérée autour de 2038
Deuxième paire Gravelines (Nord) Après Penly
Troisième paire Bugey (Ain) Après Gravelines

Le coût du programme a lui aussi été revu à la hausse. EDF l’a chiffré à 72,8 milliards d’euros en euros constants de 2020 pour les six premiers réacteurs, contre une première estimation de 51,7 milliards, hors coûts de financement. La Cour des comptes a averti que la facture totale pourrait dépasser 100 milliards d’euros une fois ces frais intégrés. L’année 2026 est présentée comme décisive : EDF doit sécuriser sa décision finale d’investissement, l’ASNR rendre son avis sur le projet de Penly, et le gouvernement délivrer le décret d’autorisation de création. Dans ce contexte, la fiabilité de Flamanville sert de référence à tous ceux qui jugeront de la crédibilité du nouveau programme.

À vérifier

Plusieurs éléments de ce dossier reposent sur des sources de presse et devront être confirmés par l’exploitant : la date réelle de redémarrage après l’arrêt du 16 juillet, le nombre exact de groupes motopompes concernés par les contrôles, et le périmètre précis retenu pour les différents chiffrages de coût. Les montants varient selon qu’ils incluent ou non les charges financières et selon l’année de référence des euros.

Questions fréquentes

Pourquoi l’EPR de Flamanville est-il de nouveau à l’arrêt ?

EDF a stoppé le réacteur le 16 juillet 2026 pour mener des contrôles complémentaires, présentés comme une mesure de précaution, sur des équipements du circuit primaire. Aucun incident de sûreté n’a été déclaré à ce stade.

Quand le réacteur doit-il redémarrer ?

EDF visait un redémarrage le 26 juillet 2026, soit une dizaine de jours d’arrêt. Cette date reste toutefois indicative : les précédents arrêts du réacteur se sont souvent prolongés au-delà des prévisions.

Combien a coûté le réacteur ?

Prévu initialement pour 3,3 milliards d’euros, le réacteur a vu son coût estimé par la Cour des comptes autour de 20,4 milliards en euros constants de 2015, soit près de 23,7 milliards une fois actualisé et charges financières comprises.

Cet arrêt menace-t-il l’approvisionnement électrique ?

Non, pas à court terme. La demande d’électricité est plus faible en été et le parc nucléaire compte de nombreux autres réacteurs. L’enjeu serait plus sensible en cas d’arrêt prolongé pendant l’hiver.

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