Après trois baisses consécutives en un an, la tendance s’inverse. Depuis le 1er août 2026, le taux du Livret A remonte de 1,5 % à 1,7 %, entraînant avec lui le Livret de développement durable et solidaire (LDDS). Dans le même mouvement, le gouvernement a choisi de maintenir le Livret d’épargne populaire (LEP) à 2,5 %, alors que la formule réglementaire l’aurait fait glisser autour de 2,2 %. Une décision annoncée le 15 juillet par le ministre de l’Économie Roland Lescure, sur proposition de la Banque de France, et gravée dans un arrêté publié au Journal officiel le 31 juillet. Pour les quelque 55 millions de détenteurs d’un Livret A, cette révision change peu de chose au quotidien, mais elle marque un tournant après des mois de recul. Décryptage.
- L’essentiel en trois points
- Une remontée qui casse une série de baisses
- Comment ce taux est fabriqué
- Le LEP figé à 2,5 %, un choix assumé
- Ce que la hausse rapporte vraiment
- Le rendement réel, toujours à la peine
- Le panorama complet des livrets
- Faut-il en profiter, et comment
- Vos questions, nos réponses
L’essentiel en trois points
Le rendez-vous de l’été a livré une petite surprise. Le taux du Livret A, révisé deux fois par an, ne baisse pas cette fois : il progresse. Cette hausse, la première depuis février 2023, reste modeste mais elle envoie un signal aux épargnants qui voyaient leur placement préféré fondre depuis douze mois. Le Livret A et le LDDS, qui partagent la même rémunération, passent tous deux à 1,7 %. Le LEP, réservé aux ménages modestes, conserve son taux de 2,5 %, nettement plus avantageux.
Concrètement, un Livret A rempli au plafond rapportera un peu plus qu’avant, sans transformer pour autant la donne pour les épargnants. Le vrai enjeu se situe ailleurs : avec une inflation attendue autour de 1,8 % à 2 % sur l’ensemble de 2026, le rendement réel de l’épargne réglementée reste ténu, voire négatif pour le Livret A. La hausse est donc une bonne nouvelle relative, à relativiser.
Une remontée qui casse une série de baisses
Pour comprendre l’événement, il faut se souvenir du chemin parcouru. Début 2025, le Livret A affichait encore 3 %, un niveau exceptionnel hérité de la flambée inflationniste de 2022 et 2023. Puis la désinflation a fait son œuvre. Le taux est tombé à 2,40 % au 1er février 2025, à 1,70 % au 1er août 2025, avant de toucher un point bas de 1,50 % au 1er février 2026. Trois coupes en un an, qui ont sensiblement rogné la rémunération des livrets.
La révision du 1er août 2026 rompt cette dynamique. En repassant à 1,70 %, le Livret A revient à son niveau de l’été 2025. La cause tient à un léger regain d’inflation au printemps 2026 : l’Insee a mesuré une hausse des prix de 1,8 % sur un an en juin, sous l’effet notamment de tensions sur les prix de l’énergie. Comme le taux du Livret A dépend directement de l’inflation récente, ce sursaut se répercute mécaniquement sur la rémunération.
Le processus de décision, lui, n’a rien d’automatique dans sa dernière étape. La Banque de France applique la formule et transmet une recommandation, mais c’est le ministre de l’Économie qui arrête officiellement le taux. Pour cette échéance, Roland Lescure a validé la proposition de l’institution le 15 juillet, avant que l’arrêté ne paraisse au Journal officiel à la fin du mois. Ce partage des rôles, technique côté banque centrale, politique côté gouvernement, explique pourquoi le taux peut, dans certains cas, s’écarter du résultat brut de la formule.

| Date d’entrée en vigueur | Taux du Livret A | Sens |
|---|---|---|
| 1er février 2023 | 3,00 % | Hausse |
| 1er février 2025 | 2,40 % | Baisse |
| 1er août 2025 | 1,70 % | Baisse |
| 1er février 2026 | 1,50 % | Baisse |
| 1er août 2026 | 1,70 % | Hausse |
Comment ce taux est fabriqué
Le taux du Livret A n’est pas fixé au doigt mouillé. Il obéit à une formule réglementaire, calculée par la Banque de France autour du 15 janvier et du 15 juillet, pour une application au 1er février et au 1er août. Cette formule combine deux ingrédients : la moyenne, sur les six derniers mois, de l’inflation hors tabac, et la moyenne des taux interbancaires à court terme dans la zone euro, l’indice €STR. On additionne les deux, on divise par deux, et le résultat est arrondi au dixième de point le plus proche, avec un plancher fixé à 0,5 %.
Taux = moyenne de [inflation hors tabac sur six mois + €STR sur six mois] divisée par deux, arrondie au dixième, avec un minimum de 0,5 %.
Formule réglementaire de l’épargne réglementée
Pour cette échéance, la Banque de France a retenu une inflation hors tabac semestrielle d’environ 1,5 % (chiffre à confirmer dans le détail), à laquelle s’ajoute la composante monétaire. Le calcul aboutit à 1,7 %. Le ministre de l’Économie, qui a le dernier mot, a suivi la recommandation de l’institution. Il aurait pu, dans des circonstances exceptionnelles, s’en écarter, comme il l’a précisément fait pour le LEP.
Le LEP figé à 2,5 %, un choix assumé
C’est l’autre décision marquante de cet été. Le Livret d’épargne populaire, destiné aux foyers aux revenus modestes, aurait dû voir son taux baisser autour de 2,2 % si la formule avait été appliquée à la lettre. Le gouvernement a préféré activer la clause dérogatoire et maintenir la rémunération à 2,5 %. L’argument avancé : protéger le pouvoir d’achat des épargnants les plus fragiles, pour qui ce livret constitue souvent le principal filet de sécurité.
Le LEP reste, de loin, le placement sans risque le mieux rémunéré du marché. Il est plafonné à 10 000 euros et réservé aux ménages dont le revenu fiscal de référence ne dépasse pas un certain seuil, de l’ordre de 23 000 euros par part de quotient familial en 2026. Fin 2025, la France comptait 12,1 millions de LEP ouverts, pour un encours total de 84 milliards d’euros et un montant moyen d’environ 6 900 euros par livret.
À retenir sur le LEP
Si vous êtes éligible au LEP mais n’en avez pas ouvert, c’est aujourd’hui le meilleur livret sans risque disponible en France. Son taux de 2,5 % dépasse largement celui du Livret A et couvre presque l’inflation. L’éligibilité se vérifie chaque année à partir de votre avis d’imposition, et les banques peuvent la contrôler automatiquement.

Ce que la hausse rapporte vraiment
Passons aux chiffres qui parlent. Sur une année pleine, un Livret A rémunéré à 1,7 % rapporte environ 17 euros pour 1 000 euros déposés. Pour un livret rempli au plafond de 22 950 euros, cela représente près de 390 euros d’intérêts sur douze mois à ce taux. La hausse de 0,2 point, par rapport aux 1,5 % en vigueur jusqu’au 31 juillet, ajoute donc quelques dizaines d’euros par an pour les épargnants les mieux dotés.
Attention toutefois à ne pas se méprendre sur le rendement de l’année 2026 elle-même. Comme le taux a évolué en cours d’année, de 1,5 % de février à juillet puis 1,7 % à partir d’août, l’intérêt effectivement versé au 31 décembre 2026 pour un livret au plafond avoisinera plutôt 367 euros, selon les simulations. Les intérêts, rappelons-le, sont calculés par quinzaine, les 1er et 16 de chaque mois, et crédités en une seule fois le 31 décembre.
| Somme placée | Livret A à 1,5 % (avant) | Livret A à 1,7 % (après) | Gain annuel |
|---|---|---|---|
| 1 000 € | 15 € | 17 € | + 2 € |
| 5 000 € | 75 € | 85 € | + 10 € |
| 10 000 € | 150 € | 170 € | + 20 € |
| 22 950 € (plafond) | 344 € | 390 € | + 46 € |
Du côté du LEP, l’écart de rémunération pèse davantage. Un livret garni au plafond de 10 000 euros rapporte 250 euros par an à 2,5 %, contre 170 euros pour la même somme placée sur un Livret A. Pour un ménage modeste, la différence, de 80 euros sur l’année, n’est pas anecdotique. C’est tout le sens du maintien décidé par le gouvernement.
Ces montants sont calculés sur une année complète au taux indiqué, pour donner un ordre de grandeur. Ils illustrent une réalité simple : même remonté, le Livret A reste un produit de précaution, pas un moteur de rendement. Sa force tient à sa liquidité totale, à sa garantie et à son exonération complète d’impôt et de prélèvements sociaux, pas à sa performance.
Le rendement réel, toujours à la peine
Voilà le point que les chiffres bruts masquent. Un taux de 1,7 % n’a de sens qu’au regard de la hausse des prix. Or, si l’inflation s’établit comme prévu autour de 1,8 % à 2 % en moyenne sur 2026, le Livret A affiche un rendement réel négatif : l’argent qui y dort perd légèrement de son pouvoir d’achat, malgré la hausse du taux. Le LEP, à 2,5 %, s’en sort mieux et parvient presque à préserver la valeur de l’épargne.
Un livret rémunéré sous l’inflation protège la liquidité, pas le pouvoir d’achat. C’est un abri, pas un placement de rendement.
Principe de base de l’épargne réglementée
À vérifier dans les prochains mois
Le chiffre d’inflation moyenne 2026 n’est pas encore définitif : les estimations citées ici (1,8 % à 2 %) restent des prévisions susceptibles d’être révisées par l’Insee. De même, la prochaine révision du taux du Livret A, prévue au 1er février 2027, dépendra de l’évolution des prix et des taux d’ici la fin de l’année. Rien ne garantit que la remontée d’août se prolonge.

Le panorama complet des livrets
Le Livret A ne vit pas seul. À ses côtés cohabitent plusieurs produits d’épargne réglementée, chacun avec sa logique. Le LDDS suit exactement le Livret A, à 1,7 %, avec un plafond de 12 000 euros. Le LEP le domine à 2,5 %. Les autres enveloppes, comme le Plan d’épargne logement (PEL) et le Compte épargne logement (CEL), obéissent à des règles distinctes et, pour le PEL, à une fiscalité moins favorable sur les nouveaux plans.
| Produit | Taux | Plafond | Fiscalité |
|---|---|---|---|
| Livret A | 1,7 % | 22 950 € | Exonéré |
| LDDS | 1,7 % | 12 000 € | Exonéré |
| LEP | 2,5 % | 10 000 € | Exonéré (sous conditions de revenus) |
| CEL | variable | 15 300 € | Selon la date d’ouverture |
À l’échelle du pays, les montants en jeu sont vertigineux. Selon les données de fin 2025, l’encours du seul Livret A dépassait 440 milliards d’euros pour les particuliers, auxquels s’ajoutent les sommes logées sur les LDDS et les LEP. Ces livrets financent en partie le logement social et la transition écologique, via les fonds centralisés à la Caisse des dépôts. Une hausse de taux, même minime, se traduit donc par un coût pour ce circuit de financement.
Faut-il en profiter, et comment
Faut-il pour autant se ruer sur son Livret A ? La réponse dépend de votre situation, et cet article ne constitue pas un conseil en placement. Quelques repères de bon sens s’imposent néanmoins. Le Livret A garde toute sa pertinence pour l’épargne de précaution, ces trois à six mois de dépenses qu’il est prudent de garder disponibles et sans risque. Sa liquidité immédiate et sa garantie en font l’outil idéal pour cet usage.
En revanche, pour de l’épargne de plus long terme dont vous n’aurez pas besoin rapidement, un rendement réel négatif invite à regarder ailleurs, selon votre tolérance au risque et votre horizon. Assurance vie en fonds euros, comptes à terme, ou placements plus dynamiques répondent à d’autres besoins. Le premier réflexe reste, si vous y êtes éligible, d’ouvrir et de garnir un LEP avant tout : à 2,5 % net et sans risque, il n’a pas d’équivalent.
Vos questions, nos réponses
Dois-je faire une démarche pour bénéficier du nouveau taux ?
Non. La hausse s’applique automatiquement à tous les Livrets A et LDDS depuis le 1er août 2026, sans aucune action de votre part. Votre banque met à jour la rémunération de plein droit.
Le nouveau taux vaut-il pour l’argent déjà déposé ?
Oui. Le taux de 1,7 % s’applique à l’ensemble du solde de votre livret, pas seulement aux versements réalisés après le 1er août. Les intérêts sont calculés par quinzaine sur les sommes présentes.
Quand le taux sera-t-il révisé de nouveau ?
La prochaine révision est prévue au 1er février 2027, sur la base des calculs effectués par la Banque de France à la mi-janvier. Son sens dépendra de l’inflation et des taux constatés d’ici là.
Le LEP restera-t-il à 2,5 % ?
Le maintien à 2,5 % vaut à partir du 1er août 2026. Rien ne garantit sa reconduction lors des prochaines échéances, puisqu’il résulte d’une dérogation gouvernementale à la formule habituelle.
À lire aussi : Le PIB français rebondit de 0,2 % au deuxième trimestre 2026 et Démarchage téléphonique : ce qui change le 11 août 2026.
Sarah Benali couvre la géopolitique, les relations diplomatiques et l’actualité économique, des marchés financiers au pouvoir d’achat. Elle s’attache à remonter les chiffres jusqu’à leur publication d’origine et à préciser ce qu’ils mesurent réellement. Elle écrit aussi sur la culture et les industries créatives.

