Juin 2026 restera dans les annales : mois de juin le plus chaud jamais enregistré en France, 72 départements en vigilance rouge le 25 juin — du jamais vu depuis la création du dispositif en 2004 — et 5 764 décès en excès. Des centaines d’écoles ont fermé. Or l’État ne dispose d’aucun seuil légal de température, d’aucune cartographie des établissements vulnérables, et le fonds qui finance leur rénovation a été divisé par trois en deux ans.
- Juin 2026, un record absolu
- Les nuits, paramètre oublié
- Combien d’écoles ont fermé ?
- Aucun seuil légal
- Qui décide, qui paie
- Un parc de 63 000 bâtiments
- Le Fonds vert divisé par trois
- Le plan d’urgence et l’écart d’échelle
- Ce qui marche techniquement
- Les enfants ne sont pas de petits adultes
- Ce qui change pour les examens
Juin 2026, un record absolu
La vague de chaleur s’est étendue du 17 au 30 juin. C’est la 52e recensée en France depuis 1947, et la plus intense jamais mesurée pour un mois de juin.
| Indicateur | Juin 2026 | Référence précédente |
|---|---|---|
| Température moyenne du mois | 22,7 °C, soit +3,8 °C par rapport à la normale | Juin 2003 : +3,5 °C |
| Indicateur thermique national sur 24 h | 30 °C les 24 et 25 juin | 29,4 °C le 5 août 2003 |
| Départements en vigilance rouge | 72 le 25 juin | Aucun précédent depuis 2004 |
| Dépassements de 40 °C | 114 | 87 en août 2023 |
| Durée | 14 jours | 16 jours en août 2003 |
Les records locaux donnent la mesure du phénomène : Saintes 43,8 °C, Cognac 42,7 °C, Bordeaux 42,5 °C, Nantes 42,2 °C, Rennes 41,5 °C. À Strasbourg, 40,4 °C : la barre des 40 degrés y était franchie pour la première fois depuis le début des mesures en 1945. Au total, les 40 °C ont été dépassés au moins une fois sur plus de 40 % du territoire.
Le bilan sanitaire
Santé publique France estime à 5 764 le nombre de décès en excès entre le 17 juin et le 2 juillet, soit +36,2 %. Les 75 ans et plus représentent au moins 3 719 de ces décès. L’Île-de-France est la région la plus touchée avec 1 999 décès en excès, soit +81,2 %. Fait nouveau : un excès de mortalité a été observé dans toutes les classes d’âge à partir de 15 ans.
Les nuits, paramètre oublié
C’est la donnée qui explique pourquoi la solution la moins chère a cessé de fonctionner. Des nuits supérieures à 20 °C ont été relevées sur environ 75 % du territoire. Nantes a enregistré 27,2 °C une nuit, soit 2,5 °C au-dessus de son record précédent. Paris et Limoges ont connu dix nuits chaudes consécutives.
Or la ventilation nocturne — ouvrir les fenêtres la nuit pour évacuer la chaleur accumulée — est le premier geste recommandé dans tous les guides. Elle suppose que l’air extérieur soit plus frais que l’air intérieur. Quand la nuit ne descend pas sous 25 °C, le bâtiment ne se vide plus de sa chaleur et l’accumulation devient cumulative d’un jour sur l’autre. Une classe peut ainsi être plus chaude le matin du cinquième jour que celui du premier.
Combien d’écoles ont fermé ?
Nous ne sommes pas en mesure de le dire avec certitude, et c’est en soi une information.
| Source et date | Chiffre annoncé |
|---|---|
| Ministre, 21 juin | 845 établissements fermés, 1 800 aménagements |
| Ministre, 22 juin | 1 352 fermés, 4 042 aménagés |
| Presse, fin juin | 1 800 fermés, 8 000 concernés par des aménagements |
| Banque des Territoires, 26 juin | 2 500 écoles « ayant dû fermer » |
Ces chiffres ne se contredisent pas nécessairement : ils portent sur des dates différentes et sur des périmètres différents — écoles seules ou tous établissements, pic journalier ou cumul sur l’épisode. Mais aucune série datée et homogène n’a été publiée. Nous avons demandé cette série au ministère.
Aucun seuil légal
C’est le fait le plus contre-intuitif du dossier, et il est solidement établi : il n’existe en France aucune température réglementaire au-delà de laquelle une classe doit fermer. Ni en maternelle, ni en élémentaire, ni au collège, ni au lycée.
Le code du travail impose à l’employeur de prendre « toutes dispositions » pour que la température soit « convenable » — sans aucun seuil chiffré, et pour les personnels seulement, pas pour les élèves.
Le plan ministériel publié en mai 2026 fournit des repères, mais ce sont des indications, pas des obligations : « une fatigue des élèves et du personnel est possible dès 30 °C » et « il y a un risque important au-delà de 33 °C dans une salle sans ventilation ».
Une norme conçue pour l’hiver
Le guide ministériel de référence fixe la plage de confort en salle de classe entre 18 et 20 °C. Cette norme a été pensée pour déterminer à partir de quand il faut chauffer. Elle ne dit rien de ce qu’il convient de faire à 33 °C.
Qui décide, qui paie
La répartition des compétences, héritée de la décentralisation, explique une grande partie de l’inertie.
| Niveau | Propriétaire du bâti | Qui décide la fermeture |
|---|---|---|
| Écoles maternelles et élémentaires | Communes | Le maire, après dialogue avec le préfet et l’académie |
| Collèges | Départements | Autorités académiques et préfectorales |
| Lycées | Régions | Autorités académiques et préfectorales |
| Enseignants et pédagogie | État | — |
L’État décide du calendrier scolaire et des examens ; il ne possède aucun mur. Le ministre l’a formulé sans détour devant l’Assemblée nationale le 23 juin.
Je ne sais pas encore rénover un bâtiment dont je ne suis pas propriétaire. La seule solution, c’est d’accompagner les collectivités.
Édouard Geffray, ministre de l’Éducation nationale, 23 juin 2026
L’Association des maires de France a répondu dès le lendemain en mettant en cause la responsabilité de l’État dans la lenteur des programmes et en dénonçant la baisse des subventions. Elle relève aussi un point technique lourd de conséquences : les solutions de rafraîchissement sont parfois exclues des dispositifs de financement, conçus pour la rénovation énergétique. Isoler pour moins chauffer l’hiver et rafraîchir l’été ne sont pas le même chantier.
Un parc de 63 000 bâtiments

Le parc scolaire français représente environ 63 000 lieux d’enseignement et 130 millions de mètres carrés, soit près de la moitié du patrimoine immobilier des collectivités territoriales. Il consomme de l’ordre de 30 % de l’énergie des bâtiments communaux.
Son âge moyen dépasse quarante ans. Près de la moitié des établissements du second degré ont été construits avant la première réglementation thermique de 1974, et seuls 10 à 15 % du parc auraient été rénovés.
Le plan ministériel liste les caractéristiques aggravantes : mauvaise isolation, toiture métallique ou en zinc, grandes surfaces vitrées, bâtiments préfabriqués, auxquelles s’ajoutent les îlots de chaleur urbains, l’absence d’arbres et les cours minéralisées.
L’angle mort statistique
Combien d’écoles françaises sont inadaptées à la chaleur ? Personne ne le sait. Aucune statistique nationale consolidée n’existe. C’est précisément l’objet du recensement lancé par le plan ministériel de mai 2026 — ce qui revient à admettre qu’aucune cartographie n’existait jusque-là.
Le Fonds vert divisé par trois
| Année | Fonds vert | Évolution |
|---|---|---|
| 2024 | 2,5 milliards € | — |
| 2025 | 1,15 milliard € | −54 % |
| 2026 | 834 millions € | −28 % |
En deux ans, l’enveloppe a été divisée par trois. Or ce fonds est l’outil central : en 2023, plus d’un tiers des dossiers acceptés au titre de la rénovation énergétique des bâtiments publics locaux concernaient un bâtiment scolaire.
Le plan lancé en 2023 affichait un objectif de 10 000 écoles rénovées d’ici 2027. Il reposait sur une trajectoire budgétaire qui a été interrompue.
Point de friction supplémentaire déjà signalé : le Fonds vert ne finance pas la climatisation. Il peut financer l’isolation, la végétalisation, les ombrières, les brasseurs d’air, la désimperméabilisation — pas un système de refroidissement classique.
Le plan d’urgence et l’écart d’échelle
Le 26 juin, en pleine canicule, la Banque des Territoires, le programme Actee, La Banque Postale, l’État et EDF ont annoncé un plan de 190 millions d’euros pour 12 500 établissements éducatifs.
- 10 millions € pour les 2 500 écoles ayant dû fermer : ombrières, brasseurs d’air, protections solaires, ventilation — pour un gain annoncé de 5 à 10 degrés
- 40 millions € pour 10 000 autres établissements : prise en charge intégrale des diagnostics et accès à des bureaux d’études
- Un prêt « écoles adaptation climatique » à partir de 50 000 € de travaux, sur 5 à 25 ans
- Un guichet complémentaire de 60 millions € ouvert le 8 juillet, avec une aide de 10 000 € par école prioritaire
Une ventilation à clarifier
L’articulation entre les 190 millions annoncés le 26 juin, les 50 millions de la Banque des Territoires et les 60 millions du guichet du 8 juillet n’a pas été publiée. Nous avons demandé le détail : en l’état, un double comptage ne peut pas être exclu.
Mettre les chiffres côte à côte
| Évaluation | Montant | Origine |
|---|---|---|
| Plan d’urgence de juin 2026 | 190 millions € | Banque des Territoires et partenaires |
| Revendication syndicale | 4 à 5 milliards € par an sur dix ans | SNES-FSU |
| Coût estimé de la rénovation complète | 40 milliards € d’ici 2030 | Estimation circulant dans la presse, origine à retracer |
Le rapport entre le plan d’urgence et la revendication syndicale annuelle est de un à vingt-cinq. Le SNES-FSU rapporte son chiffrage à 2 % des aides publiques versées aux grandes entreprises en 2023.
Un ordre de grandeur permet de situer le débat : la rénovation énergétique d’un groupe scolaire revient à environ 540 euros par mètre carré. Rapporté aux 130 millions de mètres carrés du parc, l’ordre de grandeur des dizaines de milliards se vérifie.
Ce qui marche techniquement

Le Cerema a publié en 2025 un rapport de référence sur la surchauffe dans les écoles. Il organise les solutions en trois familles.
| Famille | Actions | Ordre de grandeur |
|---|---|---|
| Aménager la parcelle | Végétalisation, désimperméabilisation, couleur des revêtements, gestion de l’eau de pluie | 300 à 600 €/m² (cours Oasis parisiennes) |
| Protéger du rayonnement | Protections solaires extérieures, toitures et façades végétalisées, revêtements réflexifs | Variable |
| Dissiper la chaleur | Aération nocturne, surventilation, brasseurs d’air, repas froids à la cantine | Le poste le moins coûteux |
Un chiffre mérite d’être retenu : des brasseurs d’air permettent d’obtenir un ressenti de 27 °C dans une pièce mesurée à 30 °C, à condition que la vitesse de l’air dépasse 0,5 m/s. C’est la solution la moins chère et la plus immédiate.
Le Cerema insiste sur deux points souvent négligés. D’abord la nécessité de combiner plusieurs solutions : aucune ne suffit isolément. Ensuite, l’évolution des pratiques — moyens supplémentaires pour entretenir des cours végétalisées, modification des horaires du gardien pour ouvrir et fermer les fenêtres la nuit, et acceptation par les parents que des cours déminéralisées salissent davantage.
À Paris, le programme des cours Oasis a permis de réaménager 203 cours depuis 2018, avec 20 à 30 % de la surface en pleine terre végétalisée, et vise 360 nouvelles cours d’ici 2030. À Marseille, le plan écoles porte sur 470 établissements pour 1,5 milliard d’euros.
Les enfants ne sont pas de petits adultes
Le Cerema documente une donnée physiologique déterminante et pourtant peu connue : l’équilibre thermique de l’enfant diffère de celui de l’adulte. Il échange davantage de chaleur avec son environnement, et son rafraîchissement par la sudation est physiologiquement plus difficile.
S’y ajoute un fait comportemental : l’adaptation spontanée — retirer un vêtement, boire, s’humidifier le visage — n’est pas appliquée par les enfants. C’est ce qui limite la portée des consignes du type « il suffit de les faire boire régulièrement ».
Le chiffre à retenir
Dans une cour bitumée, la température de surface dépasse 50 °C. Et à hauteur de tête d’un enfant d’âge préscolaire, la température de l’air est de 10 à 15 °C supérieure à celle mesurée à hauteur d’adulte. Un adulte qui trouve la cour supportable n’évalue pas ce que vit l’enfant.
Sur les conséquences pédagogiques, en revanche, une lacune doit être signalée : aucune étude française publiée ne mesure l’effet de la chaleur sur les résultats scolaires. Les travaux disponibles sont américains, et leurs ordres de grandeur circulent en France sans toujours être correctement attribués. La France conduit donc une politique d’adaptation sans données nationales sur l’impact qu’elle cherche à éviter.
Ce qui change pour les examens
La décision la plus concrète prise à l’issue de l’épisode concerne le calendrier des épreuves.
Plus aucun examen n’aura lieu l’après-midi à compter de la prochaine session.
Édouard Geffray, ministre de l’Éducation nationale
Dès 2027, baccalauréat et brevet, écrits comme oraux, se tiendront le matin uniquement. Pour la session 2026, l’épreuve de français du brevet a été maintenue le 26 juin au matin avec des aménagements : deux pauses de quinze minutes, sortie autorisée y compris pendant la première heure, salles réduites à dix ou quinze candidats.
Le ministère a par ailleurs demandé aux académies de transmettre au 15 juillet une liste de 2 500 à 3 000 établissements à rénover en urgence. Cette liste n’a pas été rendue publique à la date de publication de cet article. Elle constitue le premier test de crédibilité du dispositif, et nous en demanderons communication.
La doctrine affichée privilégie désormais la création d’« espaces de répit » rafraîchis au sein des établissements plutôt que la fermeture. La FCPE de Paris rappelle la raison sociale de ce choix : renvoyer les élèves à la maison « crée des compléments d’inégalités et des ruptures d’apprentissage », les familles ne disposant pas toutes d’un logement frais ni de la possibilité de s’absenter du travail.
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Camille Reynaud suit la vie institutionnelle, le Parlement et les grands débats publics. Elle traite également les sujets de justice, d’éducation et de santé, avec une attention particulière aux textes de loi et à ce qu’ils changent concrètement pour les citoyens. Elle privilégie les sources primaires : rapports parlementaires, avis d’autorités indépendantes et décisions de justice.

