Le Palais royal de Norvège a annoncé la nouvelle vendredi matin, dans un communiqué de quelques lignes : le roi Harald V est mort le 28 août 2026 à 6 h 35, à l’hôpital universitaire d’Oslo, le Rikshospitalet. Il avait 89 ans et régnait depuis 35 ans. Doyen des souverains d’Europe, il était aussi le premier prince né sur le sol norvégien depuis le XIVe siècle. Son fils Haakon, 53 ans, lui a succédé immédiatement sous le nom de Haakon VIII, conformément à une Constitution qui ne laisse jamais le trône vacant. La Norvège est entrée dans une période de deuil national et le nouveau roi doit prêter serment devant le Parlement le mardi 1er septembre.
- Ce que l’on sait de la mort du roi
- Onze jours d’hôpital, jour par jour
- Pourquoi la Norvège n’a jamais été sans roi
- Haakon VIII, un souverain de 53 ans
- Le serment du 1er septembre, et après
- Ingrid Alexandra, héritière à 22 ans
- Harald V, une vie qui épouse le siècle norvégien
- Une couronne populaire mais fragilisée
- Les hommages, d’Oslo à Paris
- Questions fréquentes
Ce que l’on sait de la mort du roi
Le communiqué du Palais est sobre. « Le roi Harald s’est éteint paisiblement à l’hôpital universitaire d’Oslo le vendredi 28 août à 6 h 35 », indique la Maison royale, citée par l’agence Associated Press. Le souverain était hospitalisé depuis le 17 août. Aucune cause de décès précise n’a été communiquée au-delà de cette formulation, ce qui est conforme à la pratique du Palais, très discret sur les questions médicales. Les membres de la famille royale s’étaient rendus à son chevet la veille, jeudi, après que le Palais eut décrit son état comme « extrêmement grave ».
Dans les heures qui ont suivi, des centaines de Norvégiens ont déposé des fleurs sur la place du Palais, à Oslo. Le gouvernement a décrété une période de deuil national qui court à partir du jour du décès et jusqu’après les obsèques. Les drapeaux sont en berne sur les résidences royales, les bâtiments publics et les emprises militaires. À midi, les cloches des églises du pays ont sonné pendant une heure, un geste déjà accompli à la mort du roi Olav V en 1991. Les cathédrales et les paroisses sont restées ouvertes pour ceux qui souhaitaient allumer une bougie, a précisé l’Église de Norvège.
Onze jours d’hôpital, jour par jour
La dégradation a été rapide, mais elle s’inscrit dans une longue série d’alertes. Depuis 2024, Harald V avait été hospitalisé à deux reprises lors de déplacements à l’étranger, en Malaisie puis à Tenerife, et portait un stimulateur cardiaque. Voici la séquence des onze derniers jours, telle qu’elle ressort des communiqués successifs du Palais relayés par la presse internationale.
| Date (2026) | Ce qui a été annoncé |
|---|---|
| 17 août | Admission au Rikshospitalet pour une rétention d’eau liée à un traitement à la cortisone contre une anémie hémolytique. Arrêt de travail de deux semaines. |
| 24 août | Le Palais annonce une aggravation et l’administration d’antibiotiques contre une infection sanguine. |
| 26 août | Le prince héritier Haakon assure la régence, la famille royale annule ses engagements. |
| 27 août | L’état du roi est qualifié d’« extrêmement grave ». Des Norvégiens commencent à se rassembler devant le Palais. |
| 28 août, 6 h 35 | Décès du roi. Haakon devient automatiquement souverain. |
| 28 août, matin | Conseil d’État extraordinaire au Palais royal, en présence du gouvernement. |

À vérifier
La date des obsèques n’était pas encore officiellement fixée à la publication de cet article. La presse norvégienne indique que le cercueil doit être exposé dans la chapelle du Palais avant une cérémonie à la cathédrale d’Oslo, mais ce calendrier reste à confirmer par la Maison royale. De même, aucune cause de décès formelle n’a été rendue publique : les éléments médicaux ci-dessus sont ceux communiqués pendant l’hospitalisation, pas un bilan post mortem.
Pourquoi la Norvège n’a jamais été sans roi
En Norvège, il n’existe pas d’interrègne. L’article 6 de la Constitution de 1814 fixe l’ordre de succession, et le passage de la couronne est automatique : à la seconde où le souverain meurt, son héritier devient roi. Il n’y a ni proclamation préalable, ni couronnement obligatoire, ni délai. C’est une différence notable avec le Royaume-Uni, où un conseil d’accession se réunit, ou avec l’Espagne, où le nouveau roi est proclamé devant les Cortes.
Le protocole s’est déroulé en quelques heures. Le décès a d’abord été notifié au président du Storting, au chef du gouvernement et au président de la Cour suprême, avant un Conseil d’État exceptionnel au Palais royal, présidé par le nouveau souverain. C’est là que Haakon a informé les ministres qu’il assumait la charge royale, qu’il prendrait le nom de Haakon VIII et qu’il conservait la devise de son père, de son grand-père et de son arrière-grand-père : Alt for Norge, « Tout pour la Norvège ». Les ministres ont signé le procès-verbal un à un, pendant que des salves de canon annonçaient à la ville le changement de règne.
À retenir
Le roi de Norvège n’a pas de pouvoir politique réel. Il signe les actes du Conseil d’État, reçoit les ambassadeurs et incarne la continuité de l’État, mais le pouvoir appartient au Storting et au gouvernement issu des élections. Dans un pays de 5,5 millions d’habitants, la fonction est avant tout symbolique et fédératrice.
Haakon VIII, un souverain de 53 ans
Né le 20 juillet 1973 à Oslo, Haakon a passé plus de la moitié de sa vie en position d’attente. Prince héritier depuis 1991, il a assuré la régence à plusieurs reprises ces dernières années, à mesure que la santé de son père se dégradait, notamment à partir du 26 août 2026. Il connaît donc la mécanique de la fonction mieux que beaucoup de ses homologues européens au moment de leur accession.
Son parcours a longtemps été jugé peu conventionnel. Formé dans la marine puis diplômé aux États-Unis et à la London School of Economics, il a épousé en 2001 Mette-Marit Tjessem Høiby, une roturière mère d’un enfant né d’une précédente relation. Le mariage avait alors divisé l’opinion norvégienne. Vingt-cinq ans plus tard, le couple est populaire, mais son entrée dans le règne se fait dans des circonstances rudes.
La nouvelle reine, Mette-Marit, a 53 ans. Atteinte d’une fibrose pulmonaire diagnostiquée en 2018, elle a subi une transplantation pulmonaire le 17 juin 2026, après une dégradation brutale de sa fonction respiratoire. L’intervention a été présentée comme réussie par le Palais, mais elle est suivie d’une longue rééducation, évaluée à environ un an. Autrement dit, la reine consort entame son rôle en pleine convalescence, ce qui pèsera nécessairement sur l’agenda officiel du couple dans les prochains mois.
Le serment du 1er septembre, et après
La Constitution impose au nouveau roi de prêter serment devant le Storting. La cérémonie est fixée au mardi 1er septembre 2026. Haakon VIII devra y déclarer solennellement qu’il gouvernera le royaume de Norvège conformément à la Constitution et aux lois. C’est la seule formalité constitutionnelle obligatoire de l’accession : il n’y a plus de couronnement en Norvège depuis 1906, la disposition ayant été supprimée de la Constitution en 1908.
Reste la possibilité d’une bénédiction du règne dans la cathédrale de Nidaros, à Trondheim, où les rois de Norvège étaient couronnés entre 1814 et 1906. Harald V et Olav V avaient tous deux choisi cette cérémonie religieuse, dépourvue de portée juridique mais chargée de symbole. Rien n’a été annoncé sur ce point, et il serait de toute façon surprenant qu’une telle cérémonie soit organisée avant les obsèques.

Ingrid Alexandra, héritière à 22 ans
La fille aînée de Haakon, la princesse Ingrid Alexandra, née le 21 janvier 2004, devient automatiquement héritière du trône. Elle avait 22 ans au moment de l’accession de son père et était assise à ses côtés lors du Conseil d’État extraordinaire du 28 août, une image lourde de sens pour la Maison royale.
Sa position découle d’une réforme de 1990 : la Constitution a été modifiée pour instaurer la primogéniture absolue, c’est-à-dire la priorité à l’aîné quel que soit son sexe. La réforme n’ayant pas été appliquée rétroactivement, elle n’a pas bénéficié à Märtha Louise, sœur aînée de Haakon, qui est restée derrière lui dans l’ordre de succession. Ingrid Alexandra est en revanche la première héritière norvégienne à en profiter pleinement. Selon la presse royale, elle devrait prêter un serment écrit devant le Parlement, une modalité rendue possible par le fait qu’elle est majeure, situation inédite dans l’histoire récente du pays. Ce point mérite d’être confirmé par la Maison royale.
Harald V, une vie qui épouse le siècle norvégien
Harald est né le 21 février 1937 à Asker, près d’Oslo. Il avait trois ans quand l’Allemagne nazie a envahi la Norvège. Sa mère a fui avec lui et ses deux sœurs, Ragnhild et Astrid, d’abord vers la Suède puis, par bateau, vers les États-Unis, pendant que son père et son grand-père, le roi Haakon VII, gagnaient Londres avec le gouvernement norvégien. Le refus de Haakon VII de céder aux exigences allemandes a durablement marqué l’imaginaire national. Harald avait six ans lorsqu’il a rempli sa première mission officielle, en baptisant des avions de combat sur une base norvégienne au Canada. La famille est rentrée au pays en juin 1945.
| Année | Repère |
|---|---|
| 1937 | Naissance à Asker, premier prince né en Norvège depuis le XIVe siècle |
| 1940 | Exil aux États-Unis avec sa mère et ses sœurs |
| 1964, 1968, 1972 | Trois participations olympiques en voile (Tokyo, Mexico, Munich) |
| 1968 | Mariage avec Sonja Haraldsen, le 29 août |
| 1987 | Titre de champion du monde à la barre de son voilier |
| 1991 | Mort d’Olav V le 17 janvier, serment devant le Storting le 21 janvier |
| 2011 | Discours après les attentats du 22 juillet (77 morts) |
| 2026 | Décès le 28 août, après 35 ans de règne |
Son mariage est resté un épisode fondateur de sa popularité. Pendant neuf ans, il a écarté les princesses européennes qu’on lui présentait, jusqu’à obtenir l’accord de son père pour épouser Sonja Haraldsen, fille d’un commerçant d’Oslo rencontrée dans sa jeunesse. Olav V craignait que cette union n’affaiblisse une monarchie encore jeune. Les Norvégiens ont fait l’inverse : le mariage du 29 août 1968, dont le pays aurait dû célébrer le 58e anniversaire ce samedi, a été accueilli avec liesse.
Deux discours ont scellé son statut. En 2011, après les attentats commis par un extrémiste d’extrême droite qui avaient fait 77 morts, il déclarait lors de la cérémonie d’hommage : « Je reste convaincu que la foi en la liberté est plus forte que la peur. » En 2016, dans une allocution devenue virale, il défendait la diversité de son pays en affirmant que les Norvégiens sont aussi « des filles qui aiment des filles, des garçons qui aiment des garçons » et qu’ils croient « en Dieu, en Allah, en l’univers et en rien du tout ».
Je reste convaincu que la foi en la liberté est plus forte que la peur.
Harald V, cérémonie d’hommage aux victimes des attentats du 22 juillet 2011
Sportif de haut niveau, il a représenté la Norvège à trois Jeux olympiques en voile et remporté un titre mondial en 1987, dans le sillage de son père, champion olympique en 1928. Il a toujours refusé d’abdiquer, contrairement à sa cousine issue de germains Margrethe II de Danemark en 2024, au motif que son serment devant le Parlement l’engageait à vie.
Une couronne populaire mais fragilisée
Le règne s’achève au plus mauvais moment pour l’institution. Deux affaires ont abîmé la Maison royale ces derniers mois. En janvier 2026, la publication de documents liés à l’affaire Jeffrey Epstein a révélé que Mette-Marit avait correspondu avec le délinquant sexuel américain après sa condamnation. Elle n’est accusée d’aucune infraction et a présenté des excuses publiques, mais l’épisode a nourri une controverse politique en Norvège. En juin 2026, son fils aîné, Marius Borg Høiby, 29 ans, né avant sa rencontre avec Haakon et dépourvu de tout titre royal, a été condamné à quatre ans de prison pour deux viols et une trentaine d’autres chefs d’accusation, dont des violences conjugales.
Les chiffres traduisent l’onde de choc. Un sondage réalisé en février 2026 pour le quotidien Verdens Gang donnait 61 % de Norvégiens favorables au maintien de la monarchie, contre 72 % un an plus tôt, tandis que le soutien à une république progressait de dix points, à 27 %. Le Storting a néanmoins réaffirmé son attachement à l’institution le même mois.
| Indicateur | Valeur | Comparaison |
|---|---|---|
| Favorables à la monarchie (sondage VG, février 2026) | 61 % | 72 % un an plus tôt |
| Favorables à une république | 27 % | en hausse de 10 points |
| Députés ayant voté le maintien de la monarchie | 141 | sur 169 sièges |
| Députés ayant voté la fin du règne | 26 | sur 169 sièges |
Le paradoxe est net : une majorité continue de soutenir la couronne, mais l’érosion est rapide. Haakon VIII hérite d’une institution que son père avait rendue presque consensuelle et qui redevient un sujet de débat. Sa première tâche, plus politique qu’il n’y paraît, sera de restaurer une confiance entamée par des affaires touchant son entourage direct.

Les hommages, d’Oslo à Paris
Le premier ministre Jonas Gahr Støre a rendu un hommage appuyé dans un communiqué de la présidence du Conseil : « Une nation entière est en deuil. » Il y salue un souverain qui « a trouvé les mots pour nous unir quand nous en avions le plus besoin », citant explicitement le 22 juillet 2011. Le président du Storting, Masud Gharahkhani, a clos son allocution par la formule traditionnelle : « Une époque s’achève. Une autre commence. Le roi est mort, vive le roi ! » Le capitaine de la sélection norvégienne de football, Martin Ødegaard, a également publié un message sur les réseaux sociaux.
Les monarchies européennes ont réagi en quelques heures. Charles III a évoqué « une perte déchirante » et un « cousin bien-aimé », rappelant que le Royaume-Uni fut l’un des premiers pays à reconnaître l’indépendance norvégienne en 1905. Carl XVI Gustaf de Suède, parrain de Haakon, a décrété deux jours de mise en berne des drapeaux. Frederik X et Mary de Danemark, Felipe VI et Letizia d’Espagne, Philippe et Mathilde de Belgique, Willem-Alexander et Máxima des Pays-Bas et le grand-duc Guillaume de Luxembourg ont tous publié des messages de condoléances. Avec la disparition de Harald V, c’est Carl XVI Gustaf, sur le trône depuis 1973, qui devient le doyen des monarques européens, en âge comme en durée de règne.
Du côté français, Emmanuel Macron a salué un roi qui a « constamment œuvré tout au long de son règne au renforcement des liens qui unissent la Norvège et la France », et a rappelé l’accueil que le couple royal lui avait réservé à Oslo en juin 2025, lors de sa visite officielle. Les relations bilatérales sont denses en matière d’énergie et de défense : la Norvège est devenue le premier fournisseur de gaz de l’Union européenne depuis 2022, et Paris et Oslo coopèrent étroitement dans l’Arctique et l’Atlantique Nord. Ce contexte donne à la transition norvégienne une portée qui dépasse le protocole.
Questions fréquentes
Qui est le nouveau roi de Norvège ?
Haakon VIII, né le 20 juillet 1973, fils de Harald V et de la reine Sonja. Il est devenu roi automatiquement le 28 août 2026 à la mort de son père et prête serment devant le Parlement le 1er septembre.
Y aura-t-il un couronnement ?
Non. Le couronnement a été supprimé de la Constitution norvégienne en 1908. Le nouveau roi peut en revanche choisir une bénédiction de son règne dans la cathédrale de Nidaros, à Trondheim, comme l’ont fait son père et son grand-père.
Qui est l’héritière du trône ?
La princesse Ingrid Alexandra, fille aînée de Haakon VIII, née en 2004. Elle doit sa place à la réforme de 1990 instaurant la primogéniture absolue en Norvège.
Quand auront lieu les obsèques ?
La date n’a pas été annoncée à la publication de cet article. Le deuil national court jusqu’après les funérailles, dont le déroulé précis sera communiqué par la Maison royale.
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Sarah Benali couvre la géopolitique, les relations diplomatiques et l’actualité économique, des marchés financiers au pouvoir d’achat. Elle s’attache à remonter les chiffres jusqu’à leur publication d’origine et à préciser ce qu’ils mesurent réellement. Elle écrit aussi sur la culture et les industries créatives.

